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Read Ebook: Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7) by Thureau Dangin Paul

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Ebook has 371 lines and 193569 words, and 8 pages

Par. Page.

PREFACE

When submitting to the reader this my first work on Veterinary Science, I cannot forbear from addressing to him a few remarks, in the hope of explaining some of those peculiarities which it may appear to present.

At a period of life, when many men retire from active business, I commenced the study of a new profession. My mind was not prepared to receive instruction through the ordinary process, and I was, by necessity, obliged to be, in a great measure, my own tutor. I found that I could learn only through observation, and this circumstance led me into inquiries which often left me in opposition with established opinions. Hence many of the facts announced in the following pages are new, and not very much contained in them is strictly accordant with the acknowledged authorities. The latter circumstance I may regret, but I have no apology to offer for it. My convictions are derived from the study of Nature, and are conclusions gained from a higher source than conjecture or opinion sanctioned by time or approved by professors.

Cependant, o? est le prince? Il faut savoir enfin, d'une fa?on positive, si l'on peut compter sur son acceptation. Personne n'est parvenu encore ? s'aboucher directement avec lui. Sa persistance ? demeurer hors de Paris trahit au moins de grandes incertitudes, des angoisses dont le secret n'a jamais ?t? pleinement r?v?l?, mais o? se m?laient sans doute et se heurtaient les scrupules de la conscience et les tentations de l'ambition, les calculs de la prudence personnelle et le souci du p?ril public. C'est seulement fort tard dans la soir?e, sous la pression de messages r?p?t?s, peut-?tre aussi, s'il faut en croire certains bruits, sur le conseil d?cisif de M. de Talleyrand, que le duc d'Orl?ans se r?sout ? venir au Palais-Royal. D?s lors, ses h?sitations ne peuvent plus ?tre de longue dur?e. Aupr?s de lui, d'ailleurs, comme tout ? l'heure aupr?s de la Chambre, on fait valoir l'urgence du p?ril, les menaces de l'H?tel de ville, l'?ventualit? de la r?publique. Le 31, au matin, le prince d?clare son acceptation, et fait aussit?t une proclamation aux habitants de Paris. Apr?s avoir rappel? l'invitation que lui avaient adress?e <>: <> Il termine ainsi: <> Les d?put?s, de leur c?t?, adressent aussi au <> une proclamation r?dig?e par M. Guizot. Ils annoncent qu'en attendant <> pour constituer <>, ils ont <> le duc d'Orl?ans ? exercer les fonctions de lieutenant g?n?ral. <> Puis ?num?rant toutes les lois de <> ? faire, les d?put?s ajoutent: <> Nul ne peut plus d?s lors se dissimuler,--les termes m?me des proclamations ne le permettent pas,--qu'en nommant un lieutenant g?n?ral, on a fait un roi.

Serait-il possible de surmonter ou de d?jouer cette r?sistance de l'H?tel de ville? Tout d?pendait de La Fayette. Les agitateurs, inconnus en dehors du cercle ?troit et ferm? des soci?t?s secr?tes, sentaient que le nom du g?n?ral leur ?tait indispensable pour faire ?chec aux d?put?s. Aussi, pendant ces heures rapides, d?cisives et troubl?es, quelle lutte d'influences se livrait autour de ce vieillard! Les r?publicains s'effor?aient de l'entra?ner, de le compromettre, de le piquer d'honneur, le mena?aient de rallumer la guerre civile, lui montraient, dans le <>, la n?gation de ses principes, la contradiction des r?gles de conduite qu'il avait pos?es dans la Charbonnerie. Les amis du lieutenant g?n?ral n'?taient pas, de leur c?t?, sans avoir quelques intelligences ? l'H?tel de ville; activement et adroitement second?s par M. de R?musat qui, costum? en officier d'?tat-major, sabre au c?t?, plumes flottantes au chapeau, s'?tait, d?s le premier jour, improvis? aide de camp du commandant de la garde nationale, ils pouvaient aussi compter, en ce cas sp?cial, sur M. Odilon Barrot, d?j? aussi sinc?re ? proclamer ses convictions monarchistes, qu'ardent ? ?branler tout ce qui pouvait rendre la monarchie durable et respect?e. De nombreux ?missaires arrivaient du Palais-Royal pour gagner La Fayette ? la solution orl?aniste, entre autres ses vieux amis, les g?n?raux G?rard et Mathieu Dumas. Il n'?tait pas jusqu'? M. Rives, envoy? des ?tats-Unis, qui n'assur?t ? l'ancien ami de Washington que son adh?sion ? la royaut? nouvelle serait comprise et approuv?e dans la r?publique am?ricaine.

Entre ces conseils et ces instances si contraires, La Fayette demeurait fort troubl?. D?j?, quarante ans auparavant, Mirabeau l'avait appel? <>. L'?ge n'avait pas diminu? ce d?faut. Un de ses amis nous le d?peint alors <>. Il ne se d?robait aux pouss?es trop v?h?mentes que gr?ce ? son aisance sup?rieure de conversation et de mani?res, ? une sorte de dext?rit? gracieuse, vieux restes de ces dons de grand seigneur que sa d?mocratie d'emprunt n'avait pu d?truire enti?rement. Ne dissimulant d'ailleurs ni son embarras ni son effroi: <> Cette faiblesse, par tant de c?t?s p?rilleuse, ?tait dans le cas particulier une garantie: elle devait d?tourner La Fayette de toute entreprise exigeant une initiative et une r?solution ?nergiques. M. de R?musat connaissait bien son chef, quand, le pla?ant en pr?sence des deux solutions, la r?publique avec sa pr?sidence ou la monarchie du duc d'Orl?ans, il le pressait de cette question: <> La responsabilit?, c'?tait ce que La Fayette redoutait le plus, malgr? son go?t ? jouer les r?les en vue dans les r?volutions. D'ailleurs, s'il lui plaisait pour sa popularit? de se dire, en th?orie, partisan de la r?publique, il n'?tait nullement press? d'en avoir la r?alit? pratique et surtout la charge: il pensait un peu sur ce point comme B?ranger. Aussi put-on bient?t pr?voir qu'il ne s'opposerait pas ? l'?l?vation du duc d'Orl?ans. Plus soucieux de traiter au nom du peuple que d'assumer l'embarras de le gouverner, il se r?servait d'obtenir des <> pour prix de son adh?sion, et sa vanit? devait se trouver satisfaite, s'il apparaissait bien ? tous que la monarchie ne s'?tablissait que par sa permission, sous son patronage, et en subissant ses conditions.

On ?tait ? l'une de ces heures o? la fortune veut ?tre brusqu?e. Dans l'apr?s-midi du 31, les monarchistes, inform?s des dispositions de La Fayette, jug?rent possible et opportun de tenter une d?marche hardie et d?cisive. L'id?e premi?re venait-elle du Palais-Bourbon ou du Palais-Royal? On ne le voit pas clairement, et il importe peu. Il fut r?solu que le lieutenant g?n?ral, accompagn? des d?put?s, se rendrait aussit?t ? l'H?tel de ville. Visite fameuse, sur laquelle il convient de s'arr?ter un moment, car, mieux que tout autre incident de ces jours troubl?s, elle met en lumi?re les conditions dans lesquelles s'?tablissait la royaut? nouvelle.

? mesure qu'on s'?loigne du Palais-Royal pour p?n?trer dans les quartiers populaires, les physionomies deviennent plus renfrogn?es, les cris plus ?quivoques, ou m?me ouvertement hostiles. Au lieu de: <> on entend: <> Vainement le prince, qui conserve son sang-froid, redouble de coquetteries et multiplie ses poign?es de main, ? chaque pas l'aspect s'assombrit davantage. Grande angoisse dans le cort?ge, o? l'on n'ignore pas que des projets d'assassinat ont ?t? agit?s par certains fanatiques. Aussi l'un des acteurs, qui avait le plus pouss? ? la d?marche, M. B?rard, a-t-il ?crit plus tard: <> Encore, tout n'est pas alors fini. Le palais municipal d?borde: figures plus sinistres que dans la rue. <> Les rares vivat sont aussit?t brutalement ?touff?s par des murmures ou par les cris de: <> Press? d'une fa?on parfois mena?ante, le duc d'Orl?ans p?le, mais toujours ma?tre de soi, avance, r?solu ? pousser l'aventure jusqu'au bout. Arriv? dans la grande salle, les quelques mots qu'il prononce et la d?claration des d?put?s sont accueillis par un silence glacial: beaucoup de visages portent l'empreinte d'une rage concentr?e. On ne sait comment le drame va tourner, quand le duc d'Orl?ans et La Fayette saisissent un drapeau tricolore, se donnent le bras et se dirigent vivement vers une des fen?tres. ? la vue du prince et du g?n?ral qui s'embrassent, ? demi envelopp?s dans les plis du drapeau, la foule, toujours mobile, pousse des acclamations unanimes: <> Il n'en fallait pas plus: du coup, la partie, nagu?re incertaine, est gagn?e, et le retour au Palais-Royal est un triomphe.

? peine le prince parti, La Fayette fut assailli des plaintes et des reproches de ses jeunes amis; on lui fit voir, un peu tard, qu'il avait contribu? ? cr?er un roi, sans lui avoir impos? aucune condition. Comment essayer apr?s coup de r?parer cette omission? Une sorte de programme fut aussit?t r?dig?, et le g?n?ral l'emporta au Palais-Royal, avec le dessein de le pr?senter au nom du peuple et d'en exiger l'acceptation. Mais l'occasion ?tait pass?e; il fut facile au duc d'Orl?ans de se d?barrasser de son visiteur par quelques belles paroles. Celui-ci se disant r?publicain, le prince d?clara qu'il ne l'?tait pas moins. La Fayette ayant repris <>, r?pondit le futur roi. Le g?n?ral, qui cherchait probablement un pr?texte pour se d?clarer satisfait, ne parla pas davantage du programme qu'il avait en poche, et revint vers ses amis en leur disant: <> Quelques heures apr?s, le duc d'Orl?ans se tirait aussi ais?ment d'une entrevue avec les meneurs de la jeunesse d?mocratique, MM. Godefroy Cavaignac, Boinvilliers, Bastide, Guinard, Thomas et Chevallon, que M. Thiers lui avait amen?s. Il se montra, comme ? son habitude, causeur facile et abondant, parla un peu de tout, sans s'engager ? rien. <>, dit en sortant M. Bastide.--<>, r?pondit M. Cavaignac. Mais, contents ou non, ces jeunes gens ne pouvaient plus rien.

Une r?volution o? le Palais-Bourbon l'emportait sur l'H?tel de ville ?tait, en effet, chose pour le moins extraordinaire et qui ne devait pas se revoir. La peinture et la sculpture officielles re?urent ordre de reproduire la sc?ne de la visite, et il y eut, entre tous ceux qui se f?licitaient d'avoir ?chapp? ? un p?ril imminent, comme une ?mulation ? c?l?brer ce qu'on appelait un <>. On ne saurait contester en effet ni le courage avec lequel le duc d'Orl?ans s'est expos?, sans autre d?fense que son sang-froid, aux violences r?volutionnaires, ni l'habilet? avec laquelle les promoteurs de la royaut? nouvelle ont si lestement surpris, annihil? et devanc? les fauteurs de r?publique. Mais, s'il ?tait loisible de refaire apr?s coup les ?v?nements, avec la clairvoyance que donne l'exp?rience acquise et ? l'abri des entra?nements que les meilleurs subissent dans le trouble de pareilles crises, ne pourrait-on pas supposer un emploi plus utile encore de ce courage tr?s-r?el? ne pourrait-on r?ver une habilet? ? plus longue vue, qui ne se born?t pas ? esquiver le p?ril du jour, en pr?parant celui du lendemain? Un mois apr?s, comme le g?n?ral Belliard faisait valoir ? M. de Metternich l'heureuse pr?sence d'esprit dont avait fait preuve le lieutenant g?n?ral en cette p?rilleuse occurrence: <> C'?tait beaucoup de substituer la monarchie du premier prince du sang ? l'anarchie r?volutionnaire dont on avait craint un moment que le triomphe de l'H?tel de ville ne f?t le r?gime de la France; mais une monarchie pouvait-elle, sans fausser et abaisser son caract?re, sans perdre de la dignit? et de l'autorit? morale qui lui sont n?cessaires, ?tre r?duite ? offrir des poign?es de main au populaire, ? recevoir, en place de Gr?ve, l'accolade de La Fayette, ? solliciter le laisser-passer de la r?volution? Ne saisit-on pas l?, d?s l'origine, ce mal que Casimir P?rier devait, quelques mois plus tard, appeler, avec col?re, <>? Les plus ?clair?s, parmi les fondateurs du nouveau gouvernement, avaient le sentiment du tort qu'il se faisait ainsi. Tout en accompagnant le duc d'Orl?ans ? l'H?tel de ville, M. Guizot ne se dissimulait pas que <>, et il pressentait d?s lors les p?rils en face desquels allait se trouver la royaut?. Pour dissiper ces alarmes, il ne suffit pas d'entendre M. Odilon Barrot saluer, comme une nouveaut? heureuse, ce qu'on appelait alors <>, et d?clarer b?atement que <>.

D'ailleurs, si l'on admettait que la r?volution avait ainsi <> le Roi, ne fallait-il pas s'attendre qu'elle revendiqu?t, comme autrefois l'?glise, le droit d'examiner dans quelle mesure auraient ?t? tenues les promesses du sacre? Durant plusieurs ann?es, que de bruit, dans les journaux de la gauche, autour de ce fameux <>, sorte de contrat que Louis-Philippe, pr?tendait-on, avait souscrit, le 31 juillet 1830, et dont la violation rendait son titre caduc! L'opposition cherchera l? le pr?texte et comme la justification des pol?miques factieuses, m?me des ?meutes. Tout reposait sans doute sur un fait mat?riellement faux; et, un jour de l?gitime impatience, le Roi sera fond? ? s'?crier que <>; La Fayette, en effet, ne lui avait soumis ni fait accepter aucun programme; cependant, si le prince, tout en parlant beaucoup et en caressant tout le monde, avait eu assez d'adresse et de pr?sence d'esprit pour ne pas se laisser arracher d'engagement pr?cis, il avait ?t? conduit, pour d?sarmer le parti r?volutionnaire, ? faire na?tre ou du moins ? ne pas d?courager des esp?rances qui n'auraient pu ?tre r?alis?es sans d?truire la monarchie elle-m?me. Ainsi y avait-il eu, au d?but du r?gime, un germe d'?quivoque, une sorte de malentendu qui, pour avoir ?t? voulu et momentan?ment utile, ne risquait pas moins de fournir plus tard pr?texte ? des controverses p?rilleuses.

D?s le 1er ao?t, le duc d'Orl?ans prit en main ce qui restait de gouvernement: c'?tait, ? la v?rit?, peu de chose; il n'avait gu?re d'autre moyen d'action que sa popularit?. La commission municipale, qui avait de plus en plus tendu ? se transformer en gouvernement provisoire et qui, la veille, avait essay? de constituer une sorte de cabinet, fut, en d?pit de M. Mauguin, contrainte de remettre ses pouvoirs au lieutenant g?n?ral. Celui-ci nomma aux divers d?partements minist?riels des commissaires provisoires, ? peu pr?s les m?mes d'ailleurs que ceux de la commission municipale: M. Dupont de l'Eure, ? la Justice; le g?n?ral G?rard, ? la Guerre; M. Guizot, ? l'Int?rieur; le baron Louis, aux Finances; le mar?chal Jourdan, aux Affaires ?trang?res; M. Bignon, ? l'Instruction publique. Il se r?servait de consulter sur les affaires importantes de l'?tat un conseil intime, compos? de MM. Casimir P?rier, Dupin, Laffitte, S?bastiani, de Broglie et Mol?. Il confirma La Fayette dans son commandement g?n?ral des gardes nationales, appela M. Pasquier ? la pr?sidence de la Chambre des pairs, pourvut aux hauts postes administratifs, proclama le r?tablissement de la cocarde et du drapeau tricolores, et enfin convoqua les Chambres pour le 3 ao?t.

En m?me temps et ? mesure qu'il saisissait plus compl?tement le pouvoir et gravissait les marches du tr?ne, le duc d'Orl?ans d?nouait ou brisait, l'un apr?s l'autre, les derniers liens qui l'unissaient ? la branche a?n?e de sa maison. Le 30 juillet au soir, quand, ? la nouvelle de sa nomination au poste de lieutenant g?n?ral et sur la pression de ses amis, il s'?tait d?cid? ? venir ? Paris, il ne savait pas encore bien ce qu'il pouvait, devait et voulait. L'un de ses premiers soins, avant m?me d'accepter l'offre des d?put?s, avait ?t? de faire venir le duc de Mortemart; s'excusant, par la contrainte des ?v?nements, des r?solutions qu'il pouvait ?tre amen? ? prendre ou plut?t ? subir, il avait demand? au ministre nominal de Charles X si ses pouvoirs ?taient suffisants pour le reconna?tre en qualit? de lieutenant g?n?ral, et il lui avait remis une lettre destin?e au Roi. Le texte de cette lettre, objet de nombreuses controverses, n'a jamais ?t? connu; mais tout donne ? supposer qu'elle avait ?t? faite moins pour consommer une rupture que pour r?server une chance d'accord. Seulement quelques heures plus tard, dans l'apr?s-midi du 31 juillet, avait eu lieu la visite ? l'H?tel de ville, les ?v?nements s'?taient pr?cipit?s, et le duc d'Orl?ans faisait redemander sa lettre au duc de Mortemart, qui ne l'avait pas encore transmise.

Quant ? Charles X, alors retir? ? Rambouillet, il donnait ce spectacle, habituel dans les r?volutions, d'un pouvoir aux abois qui c?de toujours trop tard. Il offrait d'abord , conf?rait ensuite la lieutenance g?n?rale au duc d'Orl?ans, qui se refusait ? la recevoir de sa main et d?clarait la tenir des d?put?s. Le vieux roi finissait m?me, le 2 ao?t, par adresser ? <> une lettre o?, lui annon?ant son abdication et la renonciation du duc d'Angoul?me, il le chargeait de proclamer le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V; le lieutenant g?n?ral d?clina cette mission, et s'offrit seulement comme interm?diaire pour transmettre cet acte aux Chambres, qui jugeraient quelle suite devrait y ?tre donn?e.

L'heure ?tait venue pour les Chambres de se r?unir et de consommer, avec des formes un peu plus r?guli?res, l'oeuvre tumultuairement ?bauch?e dans les jours d'insurrection. Elles ?taient cependant loin d'?tre au complet; plus de la moiti? des d?put?s et des pairs ?taient absents. Dans le discours par lequel il ouvrit la session, le lieutenant g?n?ral rappela les ?v?nements de Juillet, la <>, loua le <> de Paris, <>, mentionna <> que lui avaient adress?e ses <>, et se d?clara <>. <>

Dans ces conditions, on avait jug? tout de suite impossible de faire pr?valoir cette immutabilit? de la Charte qu'eussent au fond d?sir?e les amis les plus ?clair?s de la monarchie de Juillet. Ceux-ci born?rent leur ambition ? obtenir que cette Charte f?t seulement revis?e, non refaite, ce qui ?cartait l'id?e de trop grands bouleversements. Sur ce terrain s'?tait plac? le lieutenant g?n?ral dans son discours d'ouverture; sans repousser quelques innovations constitutionnelles, bien plus, en semblant les conseiller et les offrir, il avait n?anmoins d?clar? qu'il s'agissait <>. Restait ? d?terminer jusqu'o? devait s'?tendre la r?vision. C'est le probl?me qui se posait devant les Chambres.

Chacun comprenait la n?cessit? de se presser. Il n'?tait besoin d'ailleurs que d'entendre, pendant ces journ?es, le grondement sourd et continuel de l'?meute, de voir ses premiers essais de violence contre le parlement, pour ?tre assur? que le moindre retard, la moindre h?sitation, eussent fourni occasion ? l'H?tel de ville de prendre sa revanche. La Chambre des d?put?s proc?da donc en toute h?te ? la v?rification des pouvoirs de ses membres et ? la constitution de son bureau: en deux jours, le 4 et le 5 ao?t, ce pr?liminaire fut fini. D?s le 4, un simple d?put?, M. B?rard, s'emparant d'une initiative qui e?t d? appartenir au gouvernement, mais que la composition h?t?rog?ne du minist?re provisoire lui rendait peut-?tre difficile, proposa les modifications ? apporter ? la Charte et une d?claration ?levant au tr?ne le duc d'Orl?ans. Le prince, inquiet de ce que cette proposition avait d'incoh?rent et aussi de r?volutionnaire, la fit remanier par M. Guizot et le duc de Broglie. Elle revint, ainsi modifi?e, ? la Chambre, qui la soumit ? l'examen d'une commission. Celle-ci y apporta de nouveaux changements et d?posa son rapport dans la soir?e du 6 ao?t.

Quel ?tait le caract?re de la proposition qui, apr?s ces travaux pr?alables, se trouva soumise aux d?put?s? Qui l'emportait, nous ne dirons pas des deux partis,--il n'y avait pas encore de partis organis?s,--mais des deux tendances contradictoires qui s'?taient manifest?es chez les vainqueurs de Juillet? Il serait difficile de faire une r?ponse pr?cise. On avait abouti ? une sorte de compromis, dans lequel personne ne triomphait pleinement; c'?tait plus qu'on n'e?t d?sir? ? droite, moins qu'on ne demandait ? gauche.

Tout d'abord le pr?ambule, o? l'on constatait la <> et la n?cessit? d'y pourvoir, et la conclusion, o? l'on <> Louis-Philippe d'Orl?ans et sa descendance, soulevaient une question d?licate, celle de l'origine de la nouvelle monarchie. Sur ce point, les hommes de 1830 ?taient loin d'?tre d'accord. Les uns voyaient dans le nouveau roi une sorte de magistrat ?lu qui tenait ses pouvoirs de la seule volont? nationale, sans avoir par lui-m?me aucun droit propre et ant?rieur. Les autres consid?raient son ?l?vation moins comme une n?gation que comme une modification de l'h?r?dit? royale, modification impos?e par les circonstances; ? leurs yeux, il ne s'agissait pas de cr?er une dynastie par suffrage populaire, mais de passer un contrat avec le prince qu'on trouvait ? c?t? du tr?ne, devenu vacant, et qui y ?tait appel? par une sorte de n?cessit? sup?rieure: c'est ce qu'on a appel? la th?orie de la <>. Il serait malais? de dire ? laquelle des deux th?ses la commission s'?tait ralli?e. Sans doute, sa r?daction semblait ?carter ou tout au moins att?nuer le caract?re ?lectif: elle insistait sur ce que les Chambres <>; elle motivait la <> par ce fait que le <> Charles X et les membres de la branche a?n?e de la <> sortaient du territoire fran?ais; elle arguait de ce qu'il ?tait <>; enfin elle <>. Mais, en m?me temps, dans le rapport fait au nom de la commission, M. Dupin insistait sur le caract?re ?lectif et contractuel de la monarchie ou, pour parler son langage, de l'<> nouveau: <>

Dans la Charte elle-m?me, la commission supprimait le pr?ambule o? il ?tait question de Charte <>; elle supprimait ?galement la partie de l'article 14 qui donnait au Roi le droit de faire les <>, et sur laquelle Charles X avait fond? les ordonnances de Juillet; elle substituait, pour la religion catholique, la qualification de <> ? celle de <>. D'autres articles interdisaient le r?tablissement de la censure, donnaient le droit d'initiative aux deux Chambres, accordaient ? la Chambre des d?put?s le pouvoir de nommer son pr?sident, consacraient la publicit? de la Chambre des pairs et supprimaient certaines restrictions au droit d'amendement. L'?ge n?cessaire pour ?tre d?put? ?tait abaiss? de quarante ? trente ans. La fixation du cens d'?ligibilit? et du cens d'?lectorat, qui ?taient de mille et de trois cents francs dans la Charte de 1814, ?tait renvoy?e ? des lois sp?ciales, avec l'intention ?vidente qu'ils fussent abaiss?s. Des lois lib?rales ?taient promises sur le jury, la garde nationale, l'organisation d?partementale et municipale, la libert? de l'enseignement, l'?tat des officiers, etc. Quant ? l'article par lequel <>, les journ?es de f?vrier 1848 devaient y ajouter un commentaire qui suffit ? en montrer la valeur et l'utilit?.

Tous ces points avaient ?t? r?gl?s sans grande difficult?. Il n'en fut pas de m?me de la question de la pairie, qui alors passionnait singuli?rement l'opinion. Les agitateurs de l'H?tel de ville trouvaient d?j? fort d?plaisant d'avoir ?t? r?duits ? accepter l'h?r?dit? au sommet du pouvoir ex?cutif; du moins n'en voulaient-ils plus dans le pouvoir l?gislatif. Nulle destruction ne leur tenait plus ? coeur; en supprimant toute pairie h?r?ditaire, ils esp?raient priver l'autorit? monarchique de l'unique contre-poids qu'elle p?t opposer ? la d?mocratie, l'esprit de tradition de sa derni?re garantie contre la mobilit? ?lective. Rien ne leur paraissait d'ailleurs plus naturel que de recourir ? l'?meute pour faire pr?valoir ces exigences, et la question fut d?battue, moins dans la commission parlementaire que dans la rue. D?s le 4 ao?t, un premier coup avait ?t? pr?par? avec l'assentiment de La Fayette: on devait, le lendemain, se porter sur le palais du Luxembourg, jeter les pairs par les fen?tres et saccager le palais; fa?on sommaire et d?cisive de r?soudre le probl?me de la pairie. Ce ne fut pas sans peine que, pendant la nuit, on d?termina La Fayette ? donner contre-ordre. N'?tait-ce que partie remise? Dans la soir?e du 6, au moment o? la commission allait d?poser son rapport, la Chambre des d?put?s vit ses d?lib?rations interrompues par la clameur confuse et mena?ante de l'?meute qui battait ses murs et assi?geait ses portes: la bande ?tait compos?e en grande partie de la <>, et dirig?e par un personnage qui devait acqu?rir une certaine notori?t?, M. Flocon. L'?moi fut grand dans l'assembl?e. La Fayette, pour qui la manifestation n'?tait pas une surprise, sortit de la salle afin de haranguer <>, ses <>, les suppliant de renoncer, <>, ? pousser plus loin leur entreprise, mais se portant fort que leur voeu pour l'abolition de l'h?r?dit? de la pairie serait pris en consid?ration. Les agitateurs se retir?rent, d?clarant qu'ils reviendraient plus nombreux le lendemain, si cette promesse n'?tait pas tenue.

Le rapport, avons-nous dit, avait ?t? d?pos? dans la soir?e du 6. D?s le lendemain, la discussion s'engagea. Elle fut singuli?rement h?tive et ?court?e. La Chambre sentait que tout d?bat prolong? risquerait de faire ressortir davantage les faiblesses de la situation, et surtout donnerait ? l'?meute le temps d'intervenir. Aussi, inqui?te, nerveuse, pressait-elle les orateurs, enlevait-elle les votes, plus impatiente encore d'arriver promptement ? un r?sultat que soucieuse de le raisonner et de le justifier. Au d?but, il lui fallut entendre les rares d?put?s royalistes qui n'avaient pas renonc? ? si?ger; ceux-ci, trop troubl?s et accabl?s par leur r?cente d?faite pour essayer une r?sistance s?rieuse, se born?rent ? d?gager leur honneur et leur conscience par des protestations attrist?es, plus ?pres parfois contre M. de Polignac et ses coll?gues que contre les hommes de 1830, ou m?me subissant, en fait, la n?cessit? des ?v?nements dont ils se refusaient ? reconna?tre, en droit, la l?gitimit?. Quant aux articles, la Chambre adopta, presque sans modification et sans d?bat, tout ce que proposait la commission. Un point seulement souleva une vive contestation. M. Mauguin et M. de Brigode avaient demand? qu'on soum?t la magistrature ? une institution nouvelle: ? les entendre, la suspension de l'inamovibilit? ?tait une cons?quence logique du changement de gouvernement; leur amendement, fortement et brillamment combattu par M. Dupin et M. Villemain, fut repouss? ? une grande majorit?. Dans l'?tat d'excitation, de trouble et de d?faillance o? ?taient alors les esprits, cette d?cision fait honneur aux hommes de 1830. Au vote sur l'ensemble, on compta deux cent cinquante votants: deux cent dix-neuf pour, et trente-trois contre. La Chambre porta aussit?t sa r?solution au lieutenant g?n?ral et en adressa une copie ? la Chambre des pairs.

Dans cette derni?re assembl?e, la discussion, engag?e le soir m?me , fut plus sommaire encore: l'?v?nement fut le discours de Chateaubriand en faveur du duc de Bordeaux, sorte de pamphlet oratoire, o? l'orateur maltraitait plus encore la vieille monarchie ? laquelle il demeurait fid?le, que la nouvelle ? laquelle il refusait son adh?sion. La Chambre des pairs accepta en bloc la r?solution des d?put?s, avec cette seule r?serve qu'elle d?clarait ne pouvoir d?lib?rer sur la disposition annulant les nominations de pairs faites par Charles X, et <>. Au vote, il y eut quatre-vingt-neuf voix pour, dix contre, et quatorze bulletins blancs. Une d?putation fut charg?e de remettre cette r?solution au lieutenant g?n?ral.

Tout ?tait pr?t pour la proclamation de la royaut? nouvelle. Elle eut lieu au Palais-Bourbon, le 9 ao?t, devant les deux Chambres r?unies. Le duc d'Orl?ans s'y rendit, accompagn? de la duchesse, de ses fils et de ses filles, de Madame Ad?la?de, et d'un brillant ?tat-major. Le duc de Bourbon, dernier survivant de la branche de Cond?, s'?tait excus? sur l'?tat de sa sant?, mais avait fait adh?sion sans r?serve ? la monarchie nouvelle. Le lieutenant g?n?ral ne prit place sur le tr?ne qu'apr?s avoir entendu lecture des d?clarations de la Chambre des d?put?s et de la Chambre des pairs, y avoir adh?r? et avoir pr?t? serment ? la Charte modifi?e. Tout le c?r?monial semblait combin? pour marquer le caract?re contractuel de la monarchie nouvelle. Il n'?tait pas jusqu'? la forme peu respectueuse des t?moignages de d?vouement et d'enthousiasme, aux poign?es de main que le prince dut, en quittant la s?ance, subir de la part des d?put?s et m?me des gardes nationaux, qui ne fissent sentir l'atteinte port?e ? la dignit? royale.

N'e?t-il pas suffi pour s'en rendre compte de consid?rer la physionomie du palais o? Louis-Philippe rentrait aux acclamations populaires? Aux postes, des volontaires d?guenill?s, les bras nus; leurs camarades assis ou vautr?s dans les salles et sur les escaliers, y recevant leurs amis, buvant et jouant, ressemblant moins ? une garde qu'aux gens contre lesquels on se fait garder. Plut?t surveillants que d?fenseurs, nul ne savait qui les avait plac?s l?, ni surtout comment on les ferait sortir. ? l'int?rieur du palais, aucune police, aucune livr?e; entrait qui voulait; la salle du conseil ?tait ouverte ? tous les conseillers; la table royale en quelque sorte accessible ? tous les convives. Le prince, avec sa noble et brillante famille, passait au milieu de cet ?trange chaos, le sourire aux l?vres, la main tendue, et ne paraissait avoir, en place des honneurs ordinairement rendus aux souverains, que l'obligation d'ob?ir aux caprices de la foule et d'en subir les familiarit?s, toujours insolentes, alors m?me qu'elles n'?taient pas hostiles.

Un tel spectacle e?t pu ?tre mati?re ? bien des r?flexions; il permettait notamment de mesurer tout ce qui restait encore ? faire avant de consid?rer la monarchie comme fond?e; mais, sauf le duc de Broglie et quelques autres, bien peu alors s'arr?tent ? de telles pens?es. La foule chante et danse dans la rue; les maisons se pavoisent et s'illuminent. On est dans cet ?tat d'illusion et d'effusion qui se produit ? certaine phase des crises r?volutionnaires; sorte de f?te ?trange qui suit n?cessairement les jours d'angoisse et de combat, quand les uns se r?jouissent d'avoir triomph?, les autres de n'avoir plus peur, et que, dans le soulagement de se sentir ?chapp?s aux p?rils de la veille, tous se refusent ? regarder le p?ril du lendemain. Par l'effet d'une sorte de mirage, les divisions les plus profondes, et tout ? l'heure si visibles, semblent avoir disparu. C'est ? croire que l'H?tel de ville, hier encore mena?ant jusqu'? l'?meute, s'est r?concili?, dans le succ?s commun, avec le Palais-Royal. N'a-t-on pas vu, le soir m?me o? la nouvelle Charte a ?t? apport?e au lieutenant g?n?ral, celui-ci se montrer sur le balcon, donnant le bras d'un c?t? ? M. Laffitte, de l'autre ? La Fayette, et n'a-t-on pas entendu le commandant de la garde nationale s'?crier, aux acclamations de la foule, en lui montrant le futur roi: <>

CHAPITRE II

LE PREMIER MINIST?RE ET LA QUESTION EXT?RIEURE

Il suffit de lire ces noms pour se convaincre que le minist?re n'a rien de l'homog?n?it? qui ?tait regard?e jusqu'alors comme la condition premi?re de tout cabinet. Jamais on n'a vu r?unies des opinions plus oppos?es, des natures plus disparates et plus inconciliables. Impossible, par suite, d'avoir un pr?sident du conseil; le Roi s'en r?serve ? dessein les fonctions. Quant aux quatre ministres sans portefeuille, leur situation est si peu d?finie, que deux d'entre eux, M. P?rier d'abord, M. Laffitte ensuite, cumulent, avec leur titre de ministres, les fonctions de pr?sident de la Chambre. Enfin, dans le jeu de la responsabilit? minist?rielle, quelle peut-?tre la place de cette conn?tablie civile et militaire dont continue ? ?tre investi La Fayette, en sa qualit? de commandant g?n?ral des gardes nationales: autorit? sup?rieure ? celle des ministres, rivale de la couronne, conf?r?e par le <> et seulement confirm?e par le gouvernement? Les plus ?clair?s des hommes de 1830 ne se font pas illusion sur tant d'incorrections; mais ils les croient impos?es par les circonstances. Cette combinaison ?trange n'est ? leurs yeux qu'un exp?dient appropri? au d?sordre du moment. Pendant que Louis-Philippe s'occupait de former le minist?re, le duc de Broglie lui disait: <> M. de Broglie concluait en conseillant au Roi <>. Peut-?tre avait-il raison; mais n'est-il pas piquant que le premier effet d'une r?volution faite pour maintenir le gouvernement parlementaire, soit, comme toujours, de le fausser et d'en suspendre momentan?ment l'application?

Avant toute autre, une question s'imposait alors, redoutable et pressante, sur laquelle on n'avait pas, pour ainsi dire, le temps d'h?siter ni de se tromper, o? des erreurs, si courtes fussent-elles, o? de simples retards eussent pu devenir mortels pour la France elle-m?me: c'?tait la question ?trang?re. Impossible de renvoyer au lendemain la d?cision ? prendre, de laisser les ?v?nements d?gager la solution, d'attendre que la r?action naqu?t de l'exc?s du mal. D?s le premier jour, le nouveau gouvernement ?tait oblig? de prendre parti et d'agir.

Du jour au lendemain, avec la r?volution de 1830, tous ces avantages disparaissent; ? la place, renaissent, chez les puissances, les ressentiments et les d?fiances que la Restauration avait travaill? et r?ussi ? effacer. Faut-il en ?tre surpris? Si les petites insurrections de 1820, en Italie ou en Espagne, avaient suffi pour ranimer la Sainte-Alliance, que ne doit-on pas attendre d'une r?volution bien autrement profonde, mena?ante, et dont la force contagieuse se r?v?le, d?s le premier jour, sur tous les points de l'Europe, par tant de tressaillements et de contre-coups? Gouvernements et peuples interpr?tent les ?v?nements de Paris comme une reprise du mouvement r?volutionnaire et conqu?rant, arr?t? en 1815 par la coalition. Aussit?t on voit les puissances continentales se concerter et se pr?parer. La Russie, qui depuis plusieurs ann?es s'?tait ?loign?e de l'Autriche, se rapproche d'elle. Le 27 juillet, ? l'heure m?me o? la r?volution commen?ait ? Paris, M. de Metternich, qui n'en savait encore rien, s'?tait rencontr? ? Carlsbad avec son ami le comte de Nesselrode, ministre des affaires ?trang?res de Russie; il ne l'avait pas vu depuis 1823. Le chancelier d'Autriche avait saisi cette occasion de r?criminer contre la conduite du gouvernement de Saint-P?tersbourg, de se plaindre qu'il n'y e?t plus, m?me <>. R?criminations et plaintes n'avaient eu aucun succ?s. Peu de jours apr?s, arrive la nouvelle des ?v?nements de Paris. M. de Metternich retourne aussit?t, le 6 ao?t, aupr?s du ministre russe, qu'il trouve tout chang? et dispos? ? entrer dans ses vues. Il en profite pour fixer sur un morceau de papier les bases de l'entente ? r?tablir entre les grandes puissances, et les pr?cautions ? prendre en commun contre la France. Cette ?bauche de convention, ? laquelle la Prusse adh?ra quelques jours apr?s, devait s'appeler, dans le monde diplomatique, le <>. Au premier moment, presque tous les hommes d'?tat ?trangers, qu'ils d?sirent ou redoutent la guerre, la croient in?vitable. Telle est, en Allemagne surtout, la pr?occupation universelle. Bunsen et son ami le prince royal de Prusse ?changent leurs sombres pr?visions; Niebuhr ressent une telle ?motion que sa fin en est h?t?e. Aussi, deux ans plus tard, le danger pass?, M. Guizot confessera-t-il, ? la tribune de la Chambre, <>, et le duc de Broglie, ayant occasion, en 1835, de rappeler les ?v?nements de 1830, ?crira ? M. Bresson: <>

Sur ce point, comme sur tant d'autres, les hommes de gauche subissaient les cons?quences des fautes qu'ils avaient commises dans l'opposition, avant 1830. La question ?trang?re avait tenu alors une grande place dans leurs pol?miques. Ils s'?taient piqu?s de pousser ? l'extr?me les susceptibilit?s et les exigences nationales, plus jaloux encore de se dire <> que de se proclamer <>. Nul n'avait ressenti ou feint de ressentir plus douloureusement les humiliations de 1814 et de 1815; nul n'avait eu plus pr?sente cette amertume de la d?faite, que ravivaient sans cesse les souvenirs soigneusement entretenus de la l?gende imp?riale et r?volutionnaire; nul n'avait davantage parl? de revanche et soupir? plus passionn?ment apr?s le jour o? la France sortirait du <>, o? elle d?chirerait le <> du drapeau blanc, o? elle romprait cette <> que le g?n?ral Lamarque avait appel?e une <>, et o? elle retrouverait <>. Toute cette ?motion, sinc?re ou calcul?e, s'?tait tourn?e en haine implacable contre le gouvernement que les <> pr?tendaient avoir ?t? r?tabli et impos? par l'?tranger, et dont, ? les entendre, la complicit? perfide ou l?che nous avait seule condamn?s ? subir la honte des trait?s de 1815. D?s lors, le jour o? ils renversaient ce gouvernement et o? ils s'emparaient du pouvoir, n'?taient-ils pas tenus ? faire passer dans la r?alit? toutes ces d?clamations d'opposition, ? prendre la revanche dont ils avaient tant parl?, ? effacer l'humiliation proclam?e nagu?re si intol?rable? Comment comprendre et surtout avouer que le premier r?sultat de la chute des Bourbons ?tait de rendre au dehors l'humiliation plus r?elle et la revanche impossible?

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