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Read Ebook: Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7) by Thureau Dangin Paul

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Ebook has 371 lines and 193569 words, and 8 pages

Aucune de ces dispositions en sens divers n'?chappa ? M. de Talleyrand. Il en conclut que l'accord ?tait possible, mais malais?, que l'Angleterre n'?tait pas r?solue ? refuser son concours, mais qu'elle ne l'accorderait pas gratuitement, et que la France, pour l'obtenir, aurait, de ce c?t?, des susceptibilit?s ? d?sarmer, des exigences ? satisfaire. Puisque ce concours ?tait indispensable, puisque seul il permettait d'agir sans se heurter ? une coalition, force n'?tait-il pas de le payer du prix qu'il fallait? D'ailleurs, pas une minute ? perdre; l'entente devait ?tre conclue avant que les puissances se fussent engag?es par une r?ponse solennelle et concert?e ? la demande du gouvernement de la Haye. M. de Talleyrand, approuv? et soutenu par le Roi, n'h?sita pas: sans s'inqui?ter des passions qui grondaient en France, des incertitudes ou des r?pugnances qui se manifestaient jusque dans le minist?re, se portant fort au besoin pour son pays, il prit son parti des sacrifices ? consentir afin de satisfaire l'Angleterre. Il d?clara que la France r?pudiait toute pens?e de s'incorporer la Belgique, renon?ait m?me ? y ?tablir un prince fran?ais, et il prit sinc?rement la r?solution de poursuivre seulement la constitution d'un ?tat neutre et ind?pendant. Louis-Philippe, avec son grand sens politique, avait tout de suite compris la n?cessit? et l'avantage de limiter ainsi son ambition. <> Ce ne fut pas la seule garantie offerte par M. de Talleyrand: il annon?a en outre que la France n'entendait pas prononcer seule sur le mode de reconstitution de la Belgique, et il reconnut ? l'Europe le droit de r?gler diplomatiquement cette question, ayant du reste ? part lui la conviction qu'une fois unis ? l'Angleterre, nous n'aurions rien ? craindre d'une d?lib?ration commune avec les autres puissances.

Il fut bient?t visible que les garanties apport?es par M. de Talleyrand ?taient jug?es satisfaisantes par le gouvernement anglais, et qu'? de telles conditions celui-ci ne refusait pas de marcher avec la France. Le cabinet de Saint-James ayant propos? de d?f?rer la question belge ? la conf?rence alors r?unie ? Londres pour les affaires de Gr?ce et compos?e des repr?sentants des cinq grandes puissances, notre ambassadeur s'empressa d'adh?rer ? cette proposition, sans avoir ?gard au d?sir, d'ailleurs peu raisonnable, qu'avaient certains membres de son gouvernement, entre autres M. Mol?, de porter cette d?lib?ration ? Paris. Le succ?s de notre diplomatie fut si rapide que, d?s le 6 octobre, avant que le roi des Pays-Bas e?t pu obtenir r?ponse ? sa demande de secours, M. de Talleyrand, pr?sentant ses lettres de cr?ance au roi Guillaume IV, put parler du principe nouveau de non-intervention, comme d'un principe qui allait de soi et qui ?tait commun ? la France et ? l'Angleterre. Dans ce dernier pays, aucune voix ne s'?leva pour r?clamer. Ce n'?tait pas que le cabinet tory e?t pris d'ores et d?j? son parti d'une s?paration politique entre la Belgique et la Hollande, et surtout de la d?possession de la maison de Nassau. Il se flattait qu'on pourrait s'en tenir ? une s?paration administrative, ou que du moins, si la constitution d'un royaume distinct ?tait in?vitable, elle se ferait au profit du fils du roi de Hollande, le prince d'Orange, qui cherchait ? distinguer sa cause de celle de son p?re. Le langage officiel du gouvernement britannique demeurait toujours s?v?re pour la r?volution belge. M. de Talleyrand se garda de brusquer ses nouveaux alli?s: il lui suffisait de les avoir plac?s sur une pente o? les ?v?nements se chargeraient ensuite de les pousser. <>

Devant l'accord de l'Angleterre avec la France pour condamner toute intervention, les trois cours continentales sentirent qu'elles n'avaient plus qu'? se soumettre et ? t?cher de ne pas faire trop piteuse figure ? un si mauvais jeu. Elles consentirent ? soumettre la question ? la conf?rence de Londres, accomplissant ainsi un premier pas vers l'acceptation du fait accompli. Tout au plus purent-elles se donner la consolation de contredire th?oriquement le nouveau principe inaugur? par la diplomatie fran?aise. Le ministre des affaires ?trang?res de Prusse disait, le 11 octobre, au baron Mortier, charg? d'affaires de France ? Berlin: <> De Vienne, M. de Metternich adressait, le 21 octobre, ? son ambassadeur ? Londres, des d?p?ches o? il d?clarait tr?s-vivement repousser le principe de non-intervention, <>. <> Il revendiquait <>. Il proclamait m?me <>. Mais en fait, malgr? ces protestations, il n'?tait plus question pour personne de donner au roi de Hollande le concours arm? qu'il r?clamait. Le roi de Prusse d?clara avec d?pit que <>. ? Vienne, M. de Metternich avouait que <>; il se sentait si peu en mesure de r?pondre ? la demande de secours du roi de Hollande, qu'il la traitait de demande <>. L'empereur d'Autriche, r?pondant ? ce prince, motiva son refus par son ?loignement g?ographique, et il ajouta: <> On ?tait du reste de fort m?chante humeur ? Vienne, comprenant quel coup venait d'?tre port? ? la vieille politique, quel avantage ?tait obtenu, d?s ses premiers pas, par le gouvernement de Juillet. On se lamentait hautement de voir <>. La faute en est, disait-on, au manque d'<> de la Prusse et ? la <> de lord Wellington.

Tels ?taient la situation prise et les r?sultats acquis par la diplomatie fran?aise au commencement de novembre, au moment o?, ? Londres, la conf?rence allait tenir sa premi?re s?ance, et o?, ? Paris, par suite d'?v?nements que nous raconterons plus tard, le minist?re de l'av?nement ?tait r?duit ? se dissoudre. Assur?ment, les n?gociations o? l'on s'engageait devaient entra?ner des complications et des lenteurs auxquelles les impatients et les violents avaient beau jeu d'opposer la simplicit? tranchante des moyens r?volutionnaires. Assur?ment aussi, ? ne vouloir regarder que la Belgique et les sympathies qui s'y manifestaient alors pour la France, il semblait que celle-ci e?t pu chercher des avantages, sinon plus consid?rables, du moins plus directs et plus apparents. L'opposition ne laissa pas ?chapper cette occasion d'attaque. Dans la presse, que d'?clats d'indignation contre ce gouvernement qui reconnaissait les trait?s de 1815, en faisant d?cider par les puissances signataires quels changements pouvaient ?tre apport?s ? l'?tat territorial fix? par ces trait?s; qui livrait la Belgique, en la mettant sous le joug de la diplomatie; qui trahissait la France, en refusant les annexions offertes, par m?nagement pour l'Angleterre ou par crainte des autres ?tats! Mais ces d?clamations ne p?sent gu?re quand on les met en balance avec l'effroyable et trop r?el p?ril d'une coalition. Comment ne pas louer au contraire le gouvernement, particuli?rement le Roi et M. de Talleyrand, d'avoir trouv? moyen de sauver l'int?r?t fran?ais, en ?vitant une guerre qui e?t ?t? un d?sastre? D?s le premier jour, au milieu m?me du trouble et des embarras de la r?volution, ils ont discern?, avec prudence et r?solution, avec pr?cision et clairvoyance, l'?tendue des avantages qu'il y avait chance d'arracher ? l'Europe. On verra par quelles vicissitudes passera cette entreprise diplomatique avant d'arriver au but; mais, ? l'origine, ce but avait ?t? bien fix? et la direction heureusement donn?e. S'il y a eu des timidit?s et des sacrifices, il ne faut pas les attribuer au d?faut de courage ou de patriotisme du gouvernement; ils sont imputables au malheur de la r?volution. Celle-ci, en effet, a pu pr?cipiter entre la Belgique et la Hollande une rupture qui ?tait conforme ? nos int?r?ts, mais elle nous a rendu plus difficile d'en profiter. Avant 1830, il e?t ?t? facile d'annexer la Belgique ? la France, avec l'accord de la Russie et de la Prusse. Apr?s, il fallait beaucoup d'habilet? et de bonheur pour arriver, avec le concours de l'Angleterre, ? constituer seulement un ?tat ind?pendant et neutre.

Contrastes singuliers et non moins singuli?res analogies! La Restauration et la monarchie de Juillet ont eu toutes deux comme une fatalit? qui, venant de leur origine, a pes? lourdement et longtemps sur elles. Pour la Restauration, c'?tait la co?ncidence, fort injustement exploit?e, qui avait paru l'associer ? l'invasion ?trang?re et ? l'humiliation nationale. Le malheur de la monarchie de Juillet ?tait d'appara?tre comme une revanche de 1815, revanche dont elle ?veillait le d?sir en France, la crainte au dehors, sans avoir d'ailleurs le pouvoir ni la volont? de l'accomplir, s'exposant ? un d?sastre si elle avait la folie de la tenter, accus?e de trahir sa mission si elle avait la sagesse de s'abstenir. L'une paraissait trop li?e, l'autre trop suspecte ? la vieille Europe; l'une trop la cons?quence, l'autre trop la repr?saille de Waterloo. On sait que la Restauration, apr?s avoir beaucoup souffert de ce mal, avait peu ? peu r?agi par la force de son principe et la valeur de ses hommes d'?tat; on sait quelle belle place elle avait fait reprendre ? la France en Europe, et comment, ? la veille de sa chute, elle e?t ?t? en mesure, avec un ministre habile, d'accomplir de grandes choses et de r?parer ces malheurs de 1814 et 1815, dont on pr?tendait, avec si peu de raison, la rendre responsable. Quant ? la monarchie de Juillet, ce qui ?tait le mal aigu, le p?ril imminent de ses d?buts, deviendra pour elle la cause d'une faiblesse chronique, cruellement exploit?e par une opposition qui lui imputera ? l?chet? la r?serve et la modestie n?cessaires de sa politique ext?rieure. Et cependant, apr?s dix-huit ann?es de sagesse, cette monarchie finira, elle aussi, comme la Restauration, par r?agir contre le malheur de son origine; ? la veille de 1848, elle aura replac? la France dans une situation presque analogue ? celle d'avant 1830; libre enfin de choisir ses alliances et par suite de se les faire payer; au lieu de les payer elle-m?me, elle sera, ? son tour, capable de jouer un grand r?le en Europe, sans crainte de provoquer une r?volution au dedans et une coalition au dehors. C'est alors que, par une chute nouvelle, dont la r?p?tition fatale rappelle la fable de Sisyphe, tout s'?croulera encore une fois dans une r?volution. Ainsi, depuis quatre-vingts ans, nos crises intestines entravent toujours, parfois ruinent notre action nationale ? l'ext?rieur. Si l'on se pla?ait ? ce point de vue, qui est, apr?s tout, le plus patriotique, comme on apprendrait ? d?tester, ? maudire ces r?volutions, dont il n'est pas une, par?t-elle m?me excusable ? la regarder de l'int?rieur, qui n'ait ?t? une diminution et un recul de la France en Europe!

LE PREMIER MINIST?RE ET LA CRISE INT?RIEURE

D?s le premier jour, le gouvernement de 1830 a eu, ? l'ext?rieur, une conduite d?cid?e, habile. En est-il de m?me ? l'int?rieur? Si les barricades sont enlev?es, on est loin d'en avoir fini avec la r?volution. Le peuple est dans la rue, les esprits hors de voie, les imaginations ? la fois troubl?es et excit?es, les passions et les convoitises d?cha?n?es. Ce qui, dans l'organisation sociale et politique, n'a pas ?t? jet? ? terre durant les trois jours est ?branl? et pour ainsi dire d?racin?; il semble que chacun se croie le droit de tout d?truire et s'attende ? voir tout remplacer. Le p?ril est grand. Comme nagu?re, quand il s'est agi de reviser la Charte, deux politiques sont en pr?sence, qui se d?gagent plus ou moins nettement dans la confusion du moment: l'une, d?sireuse de saisir ce point d'arr?t si difficile ? trouver sur la descente r?volutionnaire, et pr?occup?e d'abord de contenir les forces d?sordonn?es qui ont ?t? mises en mouvement; l'autre, empress?e ou r?sign?e ? leur laisser le champ libre, m?me ? leur donner un nouvel ?lan, et, sous pr?texte de vouloir <>, ne tendant qu'? d?velopper la r?volution au dedans et ? la propager au dehors. Doit-on, suivant la parole de M. de R?musat, <> Politiques fort oppos?es et qui vont se r?sumer en deux mots, la <> et le <>.

Parmi les hommes politiques, parmi les meneurs parlementaires qui ont assum? ou re?u des ?v?nements la conduite de la r?volution et qui, apr?s avoir fait la monarchie nouvelle, semblent ses tuteurs et ses r?gents, nul alors ne se pose aussi nettement la question, nul surtout n'est en go?t et en mesure d'y r?pondre. S'ils le tentaient, leur d?saccord appara?trait, et il s'ensuivrait une s?paration dont aucun d'eux n'ose prendre l'initiative. On ne veut pas encore s'avouer ni avouer au public que les 221 n'?taient qu'une coalition h?t?rog?ne, unie momentan?ment pour une campagne d'opposition. Vainement donc chercherait-on de ce c?t? une direction pr?cise et une puissante impulsion.

Ainsi que l'a finement observ? M. Guizot, l'exp?rience acquise par Louis-Philippe contribuait ? le rendre plus h?sitant devant la r?volution. Comme chez tous les hommes de sa g?n?ration, les souvenirs qui demeuraient en lui les plus vivants, qui obs?daient le plus son imagination et agissaient le plus sur sa volont?, ?taient ceux qui se rapportaient aux derni?res ann?es du si?cle pr?c?dent. Adolescent et tout frais sorti d'une ?ducation ? la Jean-Jacques, il s'?tait associ? avec ardeur aux ?v?nements comme aux id?es de 1789, et en avait re?u une empreinte ineffa?able. Il n'avait pas ressenti moins vivement les d?ceptions qui avaient suivi; le crime et bient?t la mort de son p?re, la proscription qui l'avait lui-m?me frapp?, lui avaient fait jouer, dans cette effroyable trag?die, un r?le qui n'?tait pas de nature ? diminuer la vivacit? et la profondeur de ses impressions. Sous l'action de ces souvenirs contradictoires, les uns entra?nants, les autres pesants, il ?tait ? la fois tr?s-imbu de certaines id?es r?volutionnaires et tr?s-soucieux des p?rils qui en r?sultaient, en somme assez perplexe et quelque peu d?sabus? sur le r?sultat final. Mais son sentiment dominant ?tait celui de la force sup?rieure et presque fatale de ce mouvement, aussi bien dans les r?formes g?n?reuses auxquelles, jeune prince, il avait applaudi, que dans les violences destructives dont il avait ?t? victime. On con?oit quel devait ?tre l'effet d'une telle disposition d'esprit, au lendemain des journ?es de Juillet, en face du r?veil et du nouveau triomphe de la r?volution. De l?, ce laisser-aller qui r?v?lait ? la fois un vieux reste de sympathie et une timidit? m?lang?e d'effroi et de d?couragement. Il faudra plusieurs mois de douloureuse et p?rilleuse ?preuve avant que Louis-Philippe domine cette s?duction et cette d?faillance. Encore le fera-t-il jamais bien compl?tement? Si, en f?vrier 1848, il n'a pas su se d?fendre, c'est que, cette fois encore, il a ?t? paralys? par la m?me impression fataliste, et presque superstitieuse, de la force r?volutionnaire.

Cette impuissance g?n?rale ? prendre parti pour une politique d?termin?e, s'?tait manifest?e, on l'a vu, d?s le premier jour, dans la composition m?me du minist?re. Il semblait que, loin d'?tre press? de faire un choix entre les deux politiques, on e?t voulu en quelque sorte les fondre, faire marcher ensemble les hommes qui repr?sentaient l'une et l'autre, et continuer au pouvoir la coalition qui s'?tait nou?e dans l'opposition. Ainsi avait-on mis c?te ? c?te et, en quelque sorte, p?le-m?le dans ce cabinet, les hommes du <> et ceux de la <>, d'une part M. Laffitte, M. Dupont de l'Eure, M. Bignon, le g?n?ral G?rard, de l'autre le duc de Broglie, M. Guizot, M. Casimir P?rier, M. Dupin, le comte Mol?, le baron Louis, le g?n?ral S?bastiani. S'?tait-on flatt? d'atteindre ? la fois deux buts oppos?s, de donner des gages aux r?volutionnaires et de rassurer les conservateurs: tel ministre servant ? dire aux premiers: <>; tel autre aux seconds: <>

? compter les t?tes, les conservateurs avaient la majorit? dans le cabinet. Sept contre quatre, ils occupaient les minist?res les plus consid?rables; l'Int?rieur, avec M. Guizot; les Affaires ?trang?res, avec M. Mol?; les Finances, avec le baron Louis. Leur sup?riorit? de talent ?tait incontestable. Mais tous ces avantages ?taient compens?s, et au del?, par la popularit? que les circonstances assuraient aux repr?sentants de l'autre politique. M. Laffitte, alors ? l'apog?e de sa vaniteuse importance, avait une situation ? part aupr?s du roi qu'il se flattait d'avoir <>. M. Dupont de l'Eure passait pour n?cessaire: sa d?mission, qu'il ?tait toujours pr?t ? offrir avec une sorte d'ind?pendance bourrue, e?t d?nonc? avec ?clat la royaut? nouvelle aux col?res de ce parti r?volutionnaire qu'on ne se croyait pas la force de braver. Tous deux, d'ailleurs, se savaient soutenus et prot?g?s par La Fayette, dont le pr?fet de la Seine, M. Odilon Barrot, ?tait l'agent d?vou?. Le Roi lui-m?me affectait d'accorder aux hommes du <>, sinon la r?alit? de sa confiance, du moins les d?monstrations les plus apparentes de sa sympathie. R?serv?, presque froid avec M. Guizot, avec le duc de Broglie et surtout avec M. Casimir P?rier, il t?moignait ? M. Laffitte une affectueuse familiarit?. Il permettait tout ? l'humeur chagrine de M. Dupont de l'Eure et subissait ses boutades avec une sorte de d?f?rence. Pour La Fayette, surtout, quelle d?pense de caresses! On e?t dit que Louis-Philippe estimait n?cessaire de prolonger l'embrassade commenc?e le 31 juillet, sur le balcon de l'H?tel de ville. <> D'ailleurs, ne fussent-ils pas pr?pond?rants, la seule pr?sence des hommes de gauche dans le minist?re avait de redoutables cons?quences. Ce n'est pas sans p?ril qu'on laisse les r?volutionnaires,--en la personne de leurs repr?sentants ou seulement de leurs protecteurs et de leurs complaisants,--prendre une part quelconque au gouvernement. La satisfaction donn?e ainsi ? ce parti peut un moment le d?tourner des attaques ouvertes; mais elle lui fournit l'occasion d'exercer, au cour m?me du pouvoir et des forces sociales, une action dissolvante plus funeste que toutes les attaques.

De leur c?t?, les conservateurs du cabinet n'?taient gu?re en ?tat d'agir avec ensemble et ?nergie: il y avait entre eux divergence de vues et contradiction de caract?re. Quelques-uns ?taient r?solus ? se renfermer dans leurs attributions sp?ciales. D'autres se r?servaient par timidit? ou par calcul, d'autant moins dispos?s ? se compromettre qu'avec leurs coll?gues de gauche ils ne pouvaient compter sur cette discr?tion vulgaire qui garantit la libert? int?rieure du gouvernement. <> Les plus d?cid?s parmi les ministres, M. Guizot et le duc de Broglie par exemple, ne se sentaient pas les hommes du moment; il leur semblait que la loyaut? constitutionnelle de leur conduite sous la Restauration ?tait, aux yeux m?mes de leurs amis, un souvenir compromettant: les titres r?volutionnaires comptaient seuls. Du reste, ni l'un ni l'autre n'avait alors sur la politique de r?sistance les id?es nettes et les volont?s arr?t?es qui ont apparu plus tard, dans leur langage et leur conduite; ils ne croyaient pas surtout l'heure venue de pratiquer cette politique et de lui donner un caract?re offensif. <> Plus tard, rappelant les souvenirs de cette ?poque, le m?me homme d'?tat ?crivait: <> Si modeste que f?t la t?che, on comprend la timidit? et l'incertitude de l'esp?rance. De l'aveu d'un de ses membres, M. Guizot, le cabinet ?tait, par sa composition m?me, <>, et il apparaissait <>. Il n'?tait pas d'ailleurs appel? ? une longue existence, et trois mois ne se seront pas ?coul?s que nous le verrons r?duit ? se dissoudre lui-m?me.

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