Read Ebook: La Vie de Madame Élisabeth soeur de Louis XVI Volume 1 by Beauchesne A De Alcide Dupanloup F Lix Commentator
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Ebook has 662 lines and 83023 words, and 14 pages
du dehors, en rappelant les beaux jours ?coul?s, lui faisaient comprendre davantage l'horreur de sa situation. La Reine ayant eu des nouvelles directes de madame de Polignac, lui r?pondait le 14 septembre 1790:
< < >>MARIE-ANTOINETTE.>> Sa lettre du 3 novembre est ?crite dans le m?me ordre de sentiments et d'id?es. Rien ne peut d?cider le Roi, quoique ses ennemis le pers?cutent de toute mani?re; on lui pr?sente des plans qu'il repousse. Tout ceci est plus indiqu? qu'exprim?: Madame ?lisabeth se sert d'un style m?taphorique qui insinue ce qu'elle ne dit pas. Cependant elle ajoute qu'on tient des propos indignes contre la Reine. < Le 27 novembre 1790, l'Assembl?e obligea les membres du clerg? ? un serment pour le maintien de la constitution civile du clerg?. Cette constitution, qui violait les droits de l'?glise et qui ?tait formellement condamn?e par le Saint-Si?ge, rencontrait naturellement une vive opposition dans les consciences catholiques. Madame ?lisabeth, dont l'?me d?licate s'inqui?tait de ce qui portait atteinte ? l'orthodoxie religieuse et ? l'honneur sacerdotal, s'?mut ? la pens?e qu'un pr?tre qu'elle avait prot?g? pouvait se trouver engag? dans la m?me voie. C'e?t ?t? ? la fois pour elle une affliction et une responsabilit?. Elle ?crivit donc ? l'abb? de Lubersac de voir imm?diatement ce pr?tre: < Ce mot n'a-t-il pas quelque chose de navrant quand on vient ? se souvenir comment mourut Madame ?lisabeth? Depuis le mois d'octobre 1789, Madame ?lisabeth n'avait pu visiter Saint-Cyr. < Avec quel respect affectueux, avec quelle touchante sympathie elle fut re?ue ? Saint-Cyr apr?s une si longue absence, apr?s tant d'angoisses, ? la veille de tant de p?rils! Jamais on ne lui montra plus de d?vouement. Ma?tresses et ?l?ves sentaient que c'?tait la soeur de leur Roi malheureux qu'elles recevaient, et Madame ?lisabeth, de son c?t?, comprit la pens?e de leur coeur. < Un de ces sentiments n'?tait autre peut-?tre que celui de la vie heureuse et paisible qu'elle e?t pu go?ter dans cet asile, et la pens?e des malheurs et des p?rils au-devant desquels elle se faisait un devoir de retourner. Peut-?tre aussi la joie de cette supr?me visite se nuan?ait-elle de cette teinte de tristesse attach?e aux adieux. Elle ne devait plus revoir Saint-Cyr. Ces g?missements et ces pleurs ?taient la protestation des ?mes contre la violence faite ? la conscience religieuse par la pr?sence de ce pr?tre asserment? que l'autorit? civile imposait ? des chr?tiennes fid?les aux lois de l'?glise. Madame ?lisabeth fut inform?e de ces faits; comme les dames de Saint-Cyr, elle ne pouvait que g?mir elle-m?me. Sa consolation apr?s la pri?re ?tait de s'occuper de ses amies. Pendant le mois de d?cembre, elle entretient madame de Raigecourt des faits qui se passent. C'est le maire de Paris qui a fait venir les cur?s et leur a d?clar? qu'il n'avait rien ? leur donner pour les pauvres; or, toutes les dotations charitables institu?es pour venir au secours des indigents avaient ?t? confisqu?es, et c'?taient les municipalit?s qui ?taient charg?es d'y suppl?er. C'est M. de Mirabeau qui demande un cong? d'un mois. C'est le comte d'Artois auquel l'Assembl?e a refus? de quoi payer ses dettes, tandis qu'elle a assur? un million pendant vingt ans au duc d'Orl?ans pour satisfaire ses cr?anciers. Cinquante-huit eccl?siastiques d?put?s pr?t?rent serment au sein de l'Assembl?e dans la s?ance du 27 d?cembre. L'abb? Gr?goire s'exprima ainsi: < Madame ?lisabeth ne partageait pas l'opinion du cur? d'Embermesnil. Son d?vouement profond pour l'?glise, son affection si sinc?re et si vive pour le Roi son fr?re devaient la rendre extr?mement sensible ? la sanction donn?e ? la constitution civile du clerg?. Cette affliction vient s'exprimer de la mani?re la plus ?nergique dans sa lettre du 30 d?cembre ? madame de Raigecourt: < Cependant, le mardi 4 janvier 1791, le clerg? reprit ? l'Assembl?e nationale une attitude digne de lui. R?pondant ? l'appel qui lui est fait, Jean-Louis d'Usson de Bonnac, ?v?que d'Agen, r?p?te l'article 4 et l'article 5 du d?cret, et termine ainsi sa courte d?claration: < M. Fornetz, cur? de Puy-Miclan et coll?gue de l'?v?que d'Agen, ayant ?t? appel? ensuite, a dit qu'il se faisait gloire d'adh?rer aux sentiments de son ?v?que, qu'il suivrait partout, comme Laurent suivit le pape Sixte au supplice. M. Le Clerc, cur? de la Cambe, d?put? d'Alen?on, d?clara qu'enfant de l'?glise catholique et romaine, il ne pr?terait pas le serment demand?. Dans cette s?ance, l'?v?que de Poitiers s'exprima ainsi: < Le v?n?rable vieillard, descendu de la tribune, re?ut des t?moignages de respect des membres du c?t? droit, et fut accueilli par les hu?es des d?magogues qui encombraient les galeries. Les autres eccl?siastiques ayant persist? dans leur refus, l'Assembl?e nationale chargea son pr?sident de se retirer devers le Roi, de lui remettre les extraits des proc?s-verbaux des s?ances depuis le 26 d?cembre, et de le prier de donner des ordres pour la prompte et enti?re ex?cution du d?cret du 27 novembre. Si la d?faillance d'un certain nombre de membres du clerg? avait si profond?ment attrist? Madame ?lisabeth, il est facile de comprendre quelle joie lui inspira la noble conduite de presque tous les ?v?ques et de l'immense majorit? des cur?s membres de l'Assembl?e nationale. Cette joie ?clate dans sa lettre du 7 janvier 1791 ? madame de Raigecourt: < Les lettres qui suivent sont pleines de d?tails sur les d?sordres provoqu?s dans Paris par la mise ? ex?cution de la constitution civile du clerg?. Il y a eu de v?ritables bacchanales ? Saint-Sulpice, dont le v?n?rable cur?, M. de Pancemont, est en fuite; ? Saint-Roch, partout. < On ?tait entr? dans l'ann?e 1791. Chaque jour le d?cha?nement des passions devenait plus violent et la position de la famille royale plus difficile et plus f?cheuse. Madame ?lisabeth ne comptait plus sur les moyens humains, et plus que jamais elle se jetait et jetait ses amies dans les bras de la Providence. < Les nouvelles qui touchent ? la politique sont sommaires et donn?es avec prudence. Elle ?crit le 28 janvier: < Au milieu des ?motions que lui causait le cours imp?tueux des ?v?nements, Madame ?lisabeth ne perdait de vue aucune de ses amies et trouvait le temps de r?pondre ? leurs lettres. La marquise des Montiers lui ayant annonc? qu'elle ?tait pour la seconde fois m?re, la princesse lui ?crivit aussit?t pour la questionner sur sa sant?, sur celle de son enfant. L'aime-t-elle d?j?? Son fr?re Stani n'en est-il pas un peu jaloux? Elle entre dans tous les d?tails avec sa jeune amie, lui donne les meilleurs conseils pour calmer la tendresse un peu ombrageuse de son mari, jaloux de l'amiti? que la jeune femme porte ? ses parents; lui dicte les plus sages avis sur la mani?re de gagner le coeur de M. des Montiers en m?ritant son estime. Elle veut avant tout que son amie soit une bonne chr?tienne: < Le 12 f?vrier 1791, Madame ?lisabeth annonce ? madame de Raigecourt le d?part de Mesdames, ses tantes: < Ici nous devons interrompre un instant la correspondance de Madame ?lisabeth, afin de raconter le d?part de Mesdames, tantes du Roi, pour l'Italie. D?s le 1er f?vrier 1791 il en avait ?t? question: les papiers publics avaient annonc? m?me que leur passe-port ?tait d?livr?. Le projet de Mesdames ?tait quelque peu contrari? par le club des Jacobins, excit? par les vives r?clamations de la municipalit? de S?vres et de quelques sections de Paris qui pr?tendaient que ces dames emportaient avec elles douze millions en or. En outre, on avait essay? de persuader au peuple qu'elles avaient des dettes consid?rables, ce qui ?tait ?galement faux. On constate qu'elles avaient charg? leur tr?sorier g?n?ral non-seulement de tout payer, mais de continuer leurs oeuvres habituelles de charit?. L'abb? de Lubersac, qui leur ?tait fort attach?, ainsi qu'? Madame ?lisabeth, leur avait promis de veiller ? l'observation de leur volont?, nettement exprim?e ? cet ?gard. Il fut d?cid? que Mesdames partiraient dans la nuit du 20 au 21 f?vrier. Le peuple, dont elles redoutaient l'opposition, fut inform? de leur dessein, et avant le jour, des poissardes en grand nombre se mirent en marche vers Bellevue. Un page fut exp?di? pour pr?venir les princesses de la visite populaire qui les mena?ait: ce jeune homme alla en poste, traversant la foule qui cheminait, courut quelques risques, eut son cheval frapp? d'un coup de sabre, et pourtant arriva ? temps pour h?ter le d?part. Averti de son c?t? des obstacles que pouvait rencontrer le projet de Mesdames, le d?partement de Versailles avait pris un arr?t? qui ordonnait ? la municipalit? de cette ville d'envoyer un d?tachement de force arm?e suffisant pour prot?ger leur libert?. Un commissaire du d?partement se rendit ? Bellevue: Alexandre Berthier, commandant de la garde nationale de Versailles, ?tait ? la t?te de la troupe. Mesdames avaient d?log?, et leurs voitures ?taient d?j? loin quand la populace tumultueuse entra dans le ch?teau. Cette multitude, d??ue dans son attente, et dont les projets se trouvaient d?jou?s, ne voulut pas ?tre venue pour rien: on retint les ?quipages et les femmes de chambre qui n'?taient pas encore partis; on s'?tablit dans les appartements conquis; quelques-unes de mesdames de la halle se couch?rent dans les lits des princesses; les autres s'allong?rent sur les canap?s ou s'?tendirent dans les fauteuils. Les caves envahies fournirent des consolations, dont l'abondance transforma bient?t cette retraite royale en une taverne de la Courtille. Le lendemain, le Roi, par un message, donna avis ? l'Assembl?e nationale du voyage de Mesdames; et dans cette s?ance, Camus fit la motion de les priver de ce que le Roi leur donnait sur sa liste civile. Les philosophes de l'Assembl?e s'inqui?taient qu'on p?t croire qu'elles quittaient la France par l'horreur du schisme d?cr?t? par eux. Mesdames ne rencontr?rent pas d'abord de grands obstacles sur leur route. Aussi Madame ?lisabeth s'empressa-t-elle d'?crire ? l'abb? de Lubersac pour le rassurer sur leur sort: < Il n'en fut pas ainsi. Mesdames, il est vrai, arriv?rent ? Sens sans encombre. En descendant en cette ville, elles n'avaient d'autre but que d'aller au tombeau de leur fr?re, le vertueux Dauphin, p?re du Roi r?gnant. Elles s'y agenouill?rent quelque temps en pleurant, et en se relevant elles s'aper?urent, avec un attendrissement m?l? de bonheur, que les yeux de tous ceux qui les entouraient ?taient comme les leurs remplis de larmes. Elles distribu?rent, au sortir de l'?glise, de larges aum?nes, et reprirent leur route au milieu des b?n?dictions. Mais elles furent de nouveau arr?t?es ? Arnay-le-Duc. M. de Narbonne en apporta la nouvelle, et M. de Montmorin en fit part ? l'Assembl?e. Celle-ci renvoya au pouvoir ex?cutif le soin d'examiner cette question et de la r?soudre, et le Roi d?clara que ni lui ni l'Assembl?e n'avaient le droit de s'opposer au voyage des deux princesses. Le peuple, qui venait d'entendre annoncer dans les rues l'arrestation de Mesdames, parut fort m?content de la d?claration du Roi. Plusieurs jours s'?taient ?coul?s sans que Madame ?lisabeth e?t ?crit ? sa ch?re Raigecourt. Elle s'en accuse elle-m?me; puis elle raconte ? son amie que ses tantes sont parties pr?cipitamment parce que les femmes du peuple qui ?taient venues chercher la famille royale ? Versailles, dans les journ?es des 5 et 6 octobre, devaient se rendre chez Mesdames, qui, en pr?cipitant leur d?part, ont ?vit? cette visite r?volutionnaire. Elle croit d'abord, et elle s'en r?jouit, qu'elles passeront facilement la fronti?re; elle apprend bient?t qu'elles ont ?t? arr?t?es ? Arnay-le-Duc, et elle s'en afflige. Cet incident a amen? ? Paris des troubles dont Madame ?lisabeth entretient son amie. On a su que le ch?teau ?tait menac?: la populace commen?ait ? affluer; des gentilshommes d'un c?t?, des gardes nationaux de l'autre, se sont port?s ? la d?fense du Roi. Malheureusement les gentilshommes ont parl? avec trop de l?g?ret?; ils n'ont pas assez m?nag? la garde nationale, qui, dans son m?contentement et sa d?fiance, a exig? qu'ils fussent d?sarm?s. La princesse d?plore cette maladresse des serviteurs du Roi, qui, d'une excellente occasion qui se pr?sentait d'op?rer un rapprochement entre la garde nationale et les gentilshommes, fait sortir une dissidence, un choc. Elle a un autre sujet d'inqui?tude et de tristesse qu'elle exprime ? mots couverts, car il s'agit d'une question d?licate. M. le comte d'Artois s'?tait rapproch? de M. de Calonne, qui ?tait all? le rejoindre ? Turin. Or, M. de Calonne avait ?t? disgraci? par le Roi et la Reine, qui ne pouvaient voir d'un bon oeil ce rapprochement. Madame ?lisabeth sentait que le peu de force qui restait ? la famille royale se perdait dans ces froissements intimes. Si la famille royale elle-m?me n'?tait pas unie, ? quoi r?ussirait-on? Elle invite donc son amie ? faire donner au comte d'Artois un salutaire avis pour qu'il ?te cette pierre d'achoppement d'une route o? il y avait d?j? tant d'obstacles. Elle termine sa lettre par ces mots: < De leur c?t?, les princesses ?crivaient d'Arnay-le-Duc qu'elles jouaient au trictrac, au piquet, avec le respectable cur? de l'endroit, et que la nuit, pendant qu'elles dormaient, on faisait blanchir leur chemise, ayant ? peine de quoi en changer.--On racontait ? Paris que M. de Narbonne ?tait en prison dans cette petite ville et qu'il avait failli y ?tre pendu, soup?onn? qu'il ?tait, ? son retour de Paris, de rapporter ? Mesdames une fausse permission de sortie du royaume. Mesdames ?crivirent ou plut?t sign?rent, sans la lire, une lettre au pr?sident de l'Assembl?e, qui se terminait par l'assurance de leur respect, formule qui parut extraordinaire, malgr? le d?cret du 19 juin. Elles pass?rent ? Lyon, et n'eurent qu'? se louer de l'accueil qu'elles y re?urent. De Lyon jusqu'aux fronti?res de la Sardaigne, elles furent l'objet de d?monstrations inconvenantes et grossi?res. Ce n'est pas tout. Au moment o? leur voiture atteignit le pont de Beauvoisin, dont une partie est France et l'autre Savoie, des hu?es et des impr?cations partirent comme adieu de la rive qu'elles quittaient, et sur l'autre rive, elles furent imm?diatement salu?es par des acclamations, par des salves d'artillerie; puis, escort?es d'une garde brillante, elles se mirent en route vers Chamb?ry, o? elles rencontr?rent tous les ?gards dus ? des filles de roi. Ce fut ainsi que se termina cette laborieuse campagne, qui fut regard?e comme une victoire remport?e sur le club des Jacobins. Les tantes du Roi de France redevinrent princesses ? l'?tranger, apr?s avoir ?t? trait?es en ?trang?res suspectes dans le royaume de leurs a?eux. Ce contraste fit une poignante impression sur leur ?me: elles fondirent en larmes. Le gracieux et touchant accueil de la famille royale, les t?moignages d'affection du comte d'Artois et du prince et de la princesse de Pi?mont, leurs neveux, ne pouvaient leur faire oublier les p?rils et les angoisses qu'elles avaient laiss?s derri?re elles, et qui enveloppaient comme d'un r?seau fun?bre leur famille et leur patrie: elles pass?rent deux semaines ? Turin. Madame Victoire ne cessait de verser des larmes; Madame Ad?la?de ne pleurait pas, mais elle avait presque perdu l'usage de la parole. De Turin elles se rendirent ? Parme..... Enfin elles arriv?rent ? Rome. Le Pape envoya sa ni?ce, la princesse Eraschi, pour les accompagner au Vatican; le Saint-P?re les re?ut dans son cabinet, o? elles lui remirent une lettre du Roi. Pendant trois quarts d'heure il les entretint avec une bont? affectueuse. Le lendemain il leur adressa des pr?sents consistant en magnifiques corbeilles d'argent, remplies de fruits et de confitures. Dans la m?me journ?e, par une distinction r?serv?e aux rois, il alla rendre ? Mesdames une visite qui se prolongea comme celle de la veille. Le roi et la reine de Naples, se trouvant en ce moment dans la Ville ?ternelle, crurent aussi devoir rendre visite ? Mesdames. Quelques jours auparavant, les deux princesses ?taient all?es ? la basilique de Saint-Pierre, o? le Pape c?l?bra lui-m?me la messe et les communia ? l'autel de Saint-Pierre, o? personne avant elles n'avait re?u cette pieuse faveur. Invit?es aux f?tes qui eurent lieu ? l'occasion du s?jour ? Rome du roi et de la reine des Deux-Siciles, elles s'excus?rent de n'y pouvoir assister, les tristes circonstances o? se trouvaient leur patrie et leur famille ne leur permettant point de prendre part ? des r?jouissances publiques. ? Paris, on cria dans les rues la feuille des nouvelles qui venaient d'arriver de Rome, contenant un tragique ?v?nement dont voici l'analyse: < Ce r?ve de quelque cerveau malade, et qui surpasse en absurdit? les contes bleus dont on berce les enfants, est un ?chantillon s?rieux des nouvelles ?trang?res dont Paris ?tait alors inond?, et l'esprit de la populace, ouvert ? toutes les fables et qui croit surtout ? l'impossible, accueillait volontiers ces folies. Cependant Madame ?lisabeth n'interrompait pas sa correspondance avec ses amies. Elle tenait, autant qu'elle le pouvait, madame de Raigecourt au courant de ce qui se passait en France, et celle-ci la tenait au courant de ce qui se passait en Allemagne, o? ?tait le grand centre de l'?migration, de sorte qu'on voit se refl?ter dans ces lettres les deux mouvements qui, se disputant la direction des int?r?ts royalistes, se g?naient r?ciproquement. Madame ?lisabeth se montre souvent afflig?e de la ligne suivie par son fr?re, M. le comte d'Artois, pour lequel elle avait une vive tendresse. Ce n'?taient pas les conseils les plus sages que suivait ce prince, et le peu d'ensemble qu'elle voyait entre des personnes qui auraient d? ?tre unies par un lien indissoluble la faisait fr?mir. Le seul recours de la princesse, c'?tait la religion. < Madame ?lisabeth trouvait dans ce saint pr?tre, r?serv? par Dieu ? une grande mission encore cach?e dans les t?n?bres de l'avenir, ce guide s?r qu'elle avait demand? ? Dieu et qui lui ?tait si n?cessaire dans des temps si difficiles. Elle attendait avec anxi?t? la d?cision du Pape sur les affaires de l'?glise: < Parmi les pr?occupations de Madame ?lisabeth, les pr?occupations religieuses tenaient toujours la premi?re place. Elle voit venir le schisme: l'?v?que intrus de Paris est install?. Peut-?tre avant quinze jours la religion sera-t-elle bannie de France! Cette pens?e lui met la mort dans le coeur. Dieu pourrait sauver la France en faisant un miracle; mais ce miracle, le m?rite-t-on? Tel est l'ordre d'id?es et de sentiments que l'on trouve d?velopp? dans toute la correspondance de Madame ?lisabeth pendant le mois de mars 1791. Elle se montre toujours alarm?e de l'exaltation qui r?gne parmi les ?migr?s; elle supplie son amie madame de Raigecourt de se pr?munir contre cette exaltation: on juge mal en jugeant ainsi ? distance. Il est impossible d'?crire les choses comme elles sont; c'est donc sur le rapport de quelque nouvel arrivant qui a mal vu ou mal appr?ci? qu'on s'?chauffe ainsi la t?te. Dans une lettre adress?e ? peu de temps de l? ? la marquise des Montiers , la princesse revient encore sur la mort de Mirabeau: < Le 12 avril, conform?ment ? un jugement rendu par le tribunal du district de Versailles, l'ordonnance de l'archev?que de Paris , par laquelle il d?fend de reconna?tre en aucune mani?re les pr?tres qui ont pr?t? le serment, est br?l?e par l'ex?cuteur des jugements criminels. <<19 avril 1791. < Indign? de n'avoir point ?t? ob?i, la Fayette donna sa d?mission de commandant g?n?ral de la garde parisienne. Les bataillons de cette garde lui envoy?rent aussit?t des d?putations pour le prier, au nom de la patrie, de demeurer ? son poste. Il y consentit. Le 25, la compagnie des grenadiers du bataillon de l'Oratoire, qui avait particuli?rement marqu? dans la r?volte, fut licenci?e. Madame ?lisabeth, occup?e d'un int?r?t plus ?lev?, semblait ces jours-l? oublier les orages de la terre.
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