Read Ebook: The Living Mummy by Pratt Ambrose Fancher Louis D Illustrator
Font size:
Background color:
Text color:
Add to tbrJar First Page Next Page Prev Page
Ebook has 867 lines and 70541 words, and 18 pages
Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi, mais quand je m'?veillai, j'?tais parfaitement r?tabli. En ouvrant les yeux j'aper?us un groupe de formes silencieuses, assises autour de moi avec la gravit? et la qui?tude des Orientaux; toutes ressemblaient plus ou moins ? mon guide; les m?mes ailes ploy?es, les m?mes v?tements, les m?mes visages de sphinx, avec les m?mes yeux noirs et le teint rouge; par-dessus tout le m?me type, race presque semblable ? l'homme, mais plus grande, plus forte, d'un aspect plus imposant, et inspirant le m?me sentiment ind?finissable de terreur. Cependant leurs physionomies ?taient douces et calmes, et m?me affectueuses dans leur expression. Chose ?trange! il me semblait que c'?tait dans ce calme m?me et dans ce m?me air de bont? que r?sidait le secret de la terreur qu'ils inspiraient. Leurs visages ne pr?sentaient pas plus ces rides et ces ombres que le souci, le chagrin, les passions et le p?ch? impriment sur la face des hommes, que le visage des dieux de marbre de l'antiquit?, ou qu'aux yeux du chr?tien en deuil n'en montre le front paisible des morts.
Je sentis sur mon ?paule la chaleur d'une main; c'?tait celle de l'enfant. Il y avait dans ses yeux une sorte de piti?, de tendresse, comme celle qu'on peut ressentir ? la vue d'un oiseau ou d'un papillon bless?s. Je me d?tournai ? ce contact.... j'?vitai ces yeux. Je sentais vaguement que, s'il l'avait voulu, l'enfant aurait pu me tuer aussi ais?ment qu'un homme tue une mouche ou un papillon. L'enfant parut pein? de ma r?pugnance; il me quitta et alla se placer pr?s d'une fen?tre. Les autres continu?rent ? parler ? voix basse et, ? leurs regards, je pus m'apercevoir que j'?tais l'objet de leur conversation. L'un d'eux, entre autres, semblait proposer avec insistance quelque chose sur mon compte ? celui que j'avais d'abord rencontr? et, par ses gestes, celui-ci semblait pr?s d'acquiescer, quand l'enfant quitta tout ? coup son poste pr?s de la fen?tre, se pla?a entre moi et les autres, comme pour me prot?ger, et parla rapidement et avec animation. Par une sorte d'intuition et d'instinct, je sentis que l'enfant que j'avais d'abord craint plaidait en ma faveur. Avant qu'il e?t fini, un autre ?tranger entra dans la chambre. Il me parut plus ?g? que les autres, mais non pas vieux; sa physionomie, moins calme et moins sereine que celle des autres, quoique les traits fussent aussi r?guliers, me semblait plus rapproch?e de celle de ma propre race. Il ?couta tranquillement ce qui lui fut dit, d'abord par mon guide, ensuite par deux autres, et enfin par l'enfant; puis il se tourna et s'adressa ? moi, non par des paroles, mais par des signes et des gestes. Je crus le comprendre, et je ne me trompai pas. Il me demandait d'o? je venais. J'?tendis le bras et montrai la route que j'avais suivie; tout ? coup une id?e me vint. Je tirai mon portefeuille et esquissai sur une des pages blanches un dessin grossier de la corniche de rocher, de la corde et de ma propre descente; puis je dessinai au-dessous le fond du gouffre, la t?te du reptile, et la forme inanim?e de mon ami. Je donnai cet hi?roglyphe primitif ? celui qui m'interrogeait; apr?s l'avoir examin? gravement, il le donna ? son plus proche voisin, et mon esquisse fit ainsi le tour du groupe. L'?tre que j'avais d'abord rencontr? dit alors quelques mots, l'enfant s'approcha et regarda mon dessin, fit un signe de t?te, comme pour dire qu'il en comprenait le sens et, retournant ? la fen?tre, il ?tendit ses ailes, les secoua une ou deux fois, et se lan?a dans l'espace. Je bondis dans un mouvement de surprise et courus ? la fen?tre. L'enfant ?tait d?j? dans l'air, support? par ses ailes qu'il n'agitait pas, comme font les oiseaux; elles ?taient ?lev?es au-dessus de sa t?te et semblaient le soutenir sans aucun effort de sa part. Son vol me paraissait aussi rapide que celui d'un aigle; je remarquai qu'il se dirigeait vers le roc d'o? j'?tais descendu et dont les contours se distinguaient dans la brillante atmosph?re. Au bout de peu de minutes, il ?tait de retour, entrant par l'ouverture d'o? il ?tait parti et jetant sur le sol la corde et les grappins que j'avais abandonn?s dans ma descente. Quelques mois furent ?chang?s ? voix basse; un des ?tres pr?sents toucha un automate qui se mit aussit?t en mouvement et glissa hors de la chambre; alors le dernier venu, qui s'?tait adress? ? moi par gestes, se leva, me prit par la main, et me conduisit dans le couloir. La plate-forme sur laquelle j'?tais mont? nous attendait; nous nous y pla??mes et nous descend?mes dans la premi?re salle o? j'?tais entr?. Mon nouveau compagnon, me tenant toujours par la main, me conduisit dans une rue qui s'?tendait au del? de l'?difice, avec des b?timents des deux c?t?s, s?par?s les uns des autres par des jardins tout brillants d'une v?g?tation richement color?e et de fleurs ?tranges. Au milieu de ces jardins, que divisaient des murs peu ?lev?s, ou sur la route, un grand nombre d'autres ?tres, semblables ? ceux que j'avais d?j? vus, se promenaient gravement. Quelques-uns des passants, d?s qu'ils me virent, s'approch?rent de mon guide; et leurs voix, leurs gestes, leurs regards prouvaient qu'ils lui adressaient des questions sur mon compte. En peu d'instants une v?ritable foule nous entourait, m'examinant avec un vif int?r?t comme si j'?tais quelque rare animal sauvage. M?me en satisfaisant leur curiosit?, ils conservaient un maintien grave et courtois; et sur quelques mots de mon guide, qui semblait prier qu'on nous laiss?t libres, ils se retir?rent avec une majestueuse inclination de t?te et reprirent leur route avec une tranquille indiff?rence. Au milieu de cette rue nous nous arr?t?mes devant un b?timent qui diff?rait de ceux que nous avions rencontr?s jusque-l?, en ce qu'il formait trois c?t?s d'une cour, aux angles de laquelle s'?levaient de hautes tours pyramidales; dans l'espace ouvert se trouvait une fontaine circulaire de dimensions colossales, lan?ant une gerbe ?blouissante d'un liquide qui me parut ?tre du feu. Nous entr?mes dans ce b?timent par une ouverture sans porte, et nous nous trouv?mes dans une salle immense o? il y avait plusieurs groupes d'enfants, tous employ?s, me sembla-t-il, ? divers travaux, comme dans une grande manufacture. Dans le mur, une ?norme machine ?tait en mouvement avec ses roues et ses cylindres; elle ressemblait ? nos machines ? vapeur, si ce n'est qu'elle ?tait orn?e de pierres pr?cieuses et de m?taux et qu'elle paraissait ?mettre une p?le atmosph?re phosphorescente de lumi?re changeante. Beaucoup de ces enfants travaillaient ? quelque besogne myst?rieuse pr?s de cette machine, les autres ?taient assis devant des tables. Je ne pus rester assez longtemps pour examiner la nature de leurs travaux. On n'entendait pas une voix; pas un des jeunes visages ne se tourna vers nous. Ils ?taient tous aussi tranquilles et aussi indiff?rents que pourraient l'?tre des spectres au milieu desquels passeraient inaper?ues des formes vivantes.
En quittant cette salle, mon compagnon me conduisit dans une galerie garnie de panneaux richement peints; les couleurs ?taient m?lang?es d'or d'une fa?on barbare, comme les peintures de Louis Cranach. Les sujets de ces tableaux me parurent rappeler les ?v?nements historiques de la race au milieu de laquelle je me trouvais. Dans tous il y avait des personnages, dont la plupart ?taient semblables ? ceux que j'avais d?j? vus, mais non pas tous habill?s de la m?me fa?on, ni tous pourvus d'ailes. Il y avait aussi des effigies de divers animaux et d'oiseaux qui m'?taient compl?tement inconnus; l'arri?re-plan de ces tableaux repr?sentait des paysages ou des ?difices. Autant que me permettait d'en juger ma connaissance imparfaite de l'art de la peinture, ces tableaux me paraissaient d'un dessin tr?s exact et d'un tr?s riche coloris; mais les d?tails n'en ?taient pas distribu?s d'apr?s les r?gles de composition adopt?es par nos artistes: on peut dire qu'ils manquaient d'unit?; de sorte que l'effet ?tait vague, confus, embarrassant; on e?t dit les fragments h?t?rog?nes d'un r?ve d'artiste.
Nous entr?mes alors dans une chambre de dimension moyenne, dans laquelle ?tait assembl?e, comme je l'appris plus tard, la famille de mon guide; tous ?taient assis autour d'une table garnie comme pour le repas. Les formes qui y ?taient group?es ?taient la femme de mon guide, sa fille et ses deux fils. Je reconnus aussit?t la diff?rence entre les deux sexes, bien que les deux femmes fussent plus grandes et plus fortes que les hommes, et leurs physionomies, peut-?tre encore plus sym?triques de lignes et de contours, n'avaient ni la douceur, ni la timidit? d'expression qui donne tant de charmes ? la physionomie des femmes qu'on voit l?-haut sur la terre. La femme n'avait pas d'ailes, la fille avait des ailes plus longues que celle des hommes.
Mon guide pronon?a quelques mots, et toutes les personnes assises se lev?rent et, avec cette douceur particuli?re de regards et de mani?res que j'avais d?j? remarqu?e et qui est vraiment l'attribut commun de cette race formidable, elles me salu?rent ? leur fa?on, c'est-?-dire en posant l?g?rement la main droite sur la t?te et en pronon?ant un monosyllabe sifflant et doux:--Si.... Si, qui ?quivaut ?:--Soyez le bienvenu.
La ma?tresse de la maison me fit asseoir alors aupr?s d'elle et remplit une assiette d'or plac?e devant moi des mets contenus dans un plat.
Pendant que je mangeais , mes compagnons causaient tranquillement et, autant que je pouvais le deviner, en ?vitant par politesse toute allusion directe ? ma personne, ainsi que tout examen importun de mon ext?rieur. Cependant j'?tais la premi?re cr?ature qu'ils eussent encore vue qui appart?nt ? notre vari?t? terrestre de l'esp?ce humaine, et ils me regardaient, par cons?quent, comme un ph?nom?ne curieux et anormal. Mais toute grossi?ret? est inconnue ? ce peuple, et l'on enseigne aux plus jeunes enfants ? m?priser toute d?monstration v?h?mente d'?motion. Quand le repas fut termin?, mon guide me prit de nouveau par la main et, rentrant dans la galerie, il toucha une plaque m?tallique couverte de caract?res bizarres et que je pensai avec raison devoir ?tre du genre de nos t?l?graphes ?lectriques. Une plate-forme descendit, mais cette fois elle remonta beaucoup plus haut que dans le premier ?difice o? j'?tais entr?, et nous nous trouv?mes dans une chambre de dimension m?diocre et dont le caract?re g?n?ral se rapprochait de celui qui est familier aux habitants du monde sup?rieur. Contre le mur ?taient plac?s des rayons qui me parurent contenir des livres, et je ne me trompais pas: beaucoup d'entre eux ?taient petits comme nos in-12 diamant, ils ?taient faits comme nos livres et reli?s dans de jolies plaques de m?tal. ?? et l? ?taient dispers?es des pi?ces curieuses de m?canique; des mod?les sans doute, comme on peut en voir dans le cabinet de quelque m?canicien de profession. Quatre automates ?taient immobiles comme des fant?mes aux quatre angles de la chambre. Dans un enfoncement se trouvait une couche basse, un lit garni de coussins. Une fen?tre, dont les rideaux, faits d'une sorte de tissu, ?taient tir?s de c?t?, ouvrait sur un grand balcon. Mon h?te s'avan?a sur ce balcon; je l'y suivis. Nous ?tions ? l'?tage le plus ?lev? d'une des pyramides angulaires; le coup d'oeil ?tait d'une beaut? solennelle et sauvage impossible ? d?crire. Les vastes cha?nes de rochers abrupts qui formaient l'arri?re-plan, les vall?es interm?diaires avec leurs myst?rieux herbages multicolores, l'?clat des eaux, dont beaucoup ressemblaient ? des ruisseaux de flammes ros?es, la clart? sereine r?pandue sur cet ensemble par des myriades de lampes, tout cela formait un spectacle dont aucune parole ne peut rendre l'effet; il ?tait splendide dans sa sombre majest?, terrible et pourtant d?licieux.
Mais mon attention fut bient?t distraite de ce paysage souterrain. Tout ? coup s'?leva, comme venant de la rue au-dessous de nous, le fracas d'une joyeuse musique; puis une forme ail?e s'?lan?a dans les airs; une autre se mit ? sa poursuite, puis une autre, puis une autre, jusqu'? ce qu'elles formassent une foule ?paisse et innombrable. Mais comment d?crire la gr?ce fantastique de ces formes dans leurs mouvements onduleux? Elles paraissaient se livrer ? une sorte de jeu ou d'amusement, tant?t se formant en escadrons oppos?s, tant?t se dispersant; puis chaque groupe se mettait ? la suite de l'autre, montant, descendant, se croisant, se s?parant; et tout cela en suivant la mesure de la musique qu'on entendait en bas: on e?t dit la danse des P?ris de la fable.
Je regardai mon h?te d'un air de fi?vreux ?tonnement. Je m'aventurai ? poser ma main sur les grandes ailes crois?es sur sa poitrine et, en le faisant, je sentis passer en moi un l?ger choc ?lectrique. Je me reculai avec terreur; mon h?te sourit, et, comme pour satisfaire poliment ma curiosit?, il ?tendit lentement ses ailes. Je remarquai que ses v?tements se gonflaient ? proportion, comme une vessie qu'on remplit d'air. Les bras parurent se glisser dans les ailes et, au bout d'un instant, il se lan?a dans l'atmosph?re lumineuse et se mit ? planer, immobile, les ailes ?tendues comme un aigle qui se baigne dans les rayons du soleil. Puis il plongea, avec la m?me rapidit? qu'un aigle, dans un des groupes inf?rieurs, volant au milieu des autres et remontant avec la m?me rapidit?. L?-dessus trois formes, dans l'une desquelles je crus reconna?tre celle de la fille de mon h?te, se d?tach?rent du groupe et le suivirent, comme les oiseaux se poursuivent en jouant dans les airs. Mes yeux, ?blouis par la lumi?re et par les mouvements de la foule, cess?rent de distinguer les ?volutions de ces joueurs ail?s, jusqu'au moment o? mon h?te se s?para de la multitude et vint se poser ? c?t? de moi.
L'?tranget? de tout ce que j'avais vu commen?ait ? agir sur mes sens; mon esprit m?me commen?ait ? s'?garer. Quoique peu port? ? la superstition, quoique je n'eusse pas cru jusqu'alors que l'homme p?t entrer en communication mat?rielle avec les d?mons, je fus saisi de cette terreur et de cette agitation violente qui persuadaient dans le moyen ?ge au voyageur solitaire qu'il assistait ? un sabbat de diables et de sorci?res. Je me souviens vaguement que j'essayai, par des gestes v?h?ments, des formules d'exorcisme et des mots incoh?rents, prononc?s ? haute voix, de repousser mon h?te complaisant et poli; je me souviens de ses doux efforts pour me calmer et m'apaiser, de la sagacit? avec laquelle il devina que ma terreur et ma surprise venaient de la diff?rence de forme et de mouvement entre nous; diff?rence que le d?ploiement de ses ailes avait rendue plus visible; de l'aimable sourire avec lequel il chercha ? dissiper mes alarmes en laissant tomber ses ailes sur le sol, pour me montrer que ce n'?tait qu'une invention m?canique. Cette soudaine transformation ne fit qu'augmenter mon effroi, et comme l'extr?me terreur se fait souvent jour par l'extr?me t?m?rit?, je lui sautai ? la gorge comme une b?te sauvage. En un instant je fus jet? ? terre comme par une commotion ?lectrique, et les derni?res images qui flottent devant mon souvenir, avant que je ne perdisse tout ? fait connaissance, furent la forme de mon h?te agenouill? pr?s de moi, une main appuy?e sur mon front, et la belle figure calme de sa fille, avec ses grands yeux profonds, insondables, fix?s attentivement sur les miens.
Je demeurai dans cet ?tat inconscient pendant plusieurs jours, et m?me pendant plusieurs semaines, selon notre mani?re de mesurer le temps. Quand je revins ? moi, j'?tais dans une chambre ?trange, mon h?te et toute sa famille ?taient r?unis autour de moi et, ? mon extr?me ?tonnement, la fille de mon h?te m'adressa la parole dans ma langue maternelle, avec un l?ger accent ?tranger.
--Comment vous trouvez-vous?--me demanda-t-elle.
Je fus quelques minutes avant de pouvoir surmonter ma surprise et dire:--
--Vous savez ma langue?.... Comment?.... Qui ?tes-vous?....
Mon h?te sourit et fit signe ? l'un de ses fils qui prit alors sur la table un certain nombre de feuilles minces de m?tal sur lesquelles ?taient trac?s diff?rents dessins: une maison, un arbre, un oiseau, un homme, etc.
Dans ces dessins, je reconnus ma mani?re. Sous chaque figure ?tait ?crit son nom dans ma langue et de ma main; et au-dessous, dans une autre ?criture, un mot que je ne pouvais pas lire.
--C'est ainsi que nous avons commenc?,--me dit mon h?te,--et ma fille Zee, qui appartient au Coll?ge des Sages, a ?t? votre professeur et le n?tre.
Zee pla?a alors devant moi d'autres feuilles sur lesquelles ?taient ?crits de ma main, d'abord des mots, puis des phrases. Sous chaque mot et chaque phrase se trouvaient des caract?res ?tranges trac?s par une autre main. Je compris peu ? peu, en rassemblant mes id?es, qu'on avait ainsi cr?? un grossier dictionnaire. L'avait-on fait pendant que je dormais?
--En voil? assez,--dit Zee d'un ton d'autorit?.--Reposez-vous et mangez.
On m'assigna une chambre dans ce vaste ?difice. Elle ?tait meubl?e d'une fa?on charmante et fantastique, mais sans cette magnificence de pierres et de m?taux pr?cieux, qui ornait les appartements plus publics. Les murs ?taient tendus de nattes diverses, faites avec les tiges et les fibres des plantes, et le parquet ?tait couvert de la m?me fa?on.
Le lit n'avait pas de rideaux. Ses supports en fer reposaient sur des boules de cristal. Les couvertures ?taient d'une mati?re fine et blanche, qui ressemblait au coton. Plusieurs tablettes portaient des livres. Un enfoncement, ferm? par des rideaux, communiquait avec une voli?re remplie d'oiseaux chanteurs, dans lesquels je ne reconnus pas une seule des esp?ces que j'avais vues sur la terre, si ce n'est une jolie esp?ce de tourterelles, diff?rant cependant des n?tres en ce qu'elle avait sur la t?te une huppe de plumes bleu?tres. On avait appris ? tous ces oiseaux ? chanter des airs r?guliers, et ils d?passaient de beaucoup nos bouvreuils savants, qui ne peuvent gu?re aller au del? de deux morceaux et ne peuvent pas, je crois, chanter en partie. On aurait pu se croire ? l'Op?ra quand on ?coutait les concerts de cette voli?re. C'?taient des duos, des trios, des quatuors et des choeurs, tous not?s et arrang?s comme dans nos morceaux de musique. Si je voulais faire taire les oiseaux, je n'avais qu'? tirer un rideau sur la voli?re, et leur chant cessait d?s qu'ils se trouvaient dans l'obscurit?. Une autre ouverture servait de fen?tre, sans vitre, mais si l'on touchait un ressort, un volet s'?levait du plancher; il ?tait form? d'une substance moins transparente que le verre, assez cependant pour laisser passer le regard. ? cette fen?tre ?tait attach? un balcon, ou plut?t un jardin suspendu, o? se trouvaient des plantes gracieuses et des fleurs brillantes. L'appartement et ses d?pendances avaient donc un caract?re ?trange dans ses d?tails, et pourtant dans son ensemble il rappelait les habitudes de notre luxe moderne; il e?t excit? l'admiration si on l'avait trouv? attach? ? la demeure d'une duchesse anglaise ou au cabinet de travail d'un auteur fran?ais ? la mode. Avant mon arriv?e, c'?tait la chambre de Zee; elle me l'avait gracieusement c?d?e.
Quelques heures apr?s le r?veil dont j'ai parl? dans le chapitre pr?c?dent, j'?tais ?tendu seul sur ma couche, essayant de fixer mes pens?es et mes conjectures sur la nature du peuple au milieu duquel je me trouvais, lorsque mon h?te et sa fille Zee entr?rent dans ma chambre. Mon h?te, parlant toujours ma langue, me demanda, avec beaucoup de politesse, s'il me serait agr?able de causer ou si je pr?f?rais rester seul. Je r?pondis que je serais tr?s honor? et tr?s charm? de cette occasion d'exprimer ma gratitude pour l'hospitalit? et les politesses dont on me comblait dans un pays o? j'?tais ?tranger, et d'en apprendre assez sur les moeurs et les coutumes pour ne pas risquer d'offenser mes h?tes par mon ignorance.
En parlant, je m'?tais naturellement lev?; mais Zee, ? ma grande confusion, m'ordonna gracieusement de me recoucher, et il y avait dans sa voix et dans ses yeux, quelque doux qu'ils fussent d'ailleurs, quelque chose qui me for?a d'ob?ir. Elle s'assit alors sans fa?on au pied de mon lit, tandis que son p?re prenait place sur un divan ? quelques pas de nous.
--Mais de quelle partie du monde venez-vous donc?--me demanda mon h?te,--que nous nous semblons r?ciproquement si ?tranges? J'ai vu des sp?cimens de presque toutes les races qui diff?rent de la n?tre, ? l'exception des sauvages primitifs qui habitent les portions les plus d?sol?es et les plus ?loign?es de notre monde, ne connaissant d'autre lumi?re que celle des feux volcaniques et se contentant d'errer ? t?tons dans l'obscurit?, comme font beaucoup d'?tres qui rampent, qui se tra?nent, ou m?me qui volent. Mais, ? coup s?r, vous ne pouvez faire partie d'une de ces tribus barbares, et, d'un autre c?t?, vous ne paraissez appartenir ? aucun peuple civilis?.
Je me sentis quelque peu piqu? de cette derni?re observation et je r?pondis que j'avais l'honneur d'appartenir ? une des nations les plus civilis?es de la terre; et que, quant ? la lumi?re, tout en admirant le g?nie et la magnificence avec lesquels mon h?te et ses concitoyens avaient r?ussi ? illuminer leurs r?gions imp?n?trables au soleil, je ne pouvais cependant comprendre qu'apr?s avoir vu les globes c?lestes, on p?t comparer ? leur ?clat les lumi?res artificielles invent?es pour les besoins des hommes. Mais mon h?te disait qu'il avait vu des sp?cimens de la plupart des races diff?rentes de la sienne, ? l'exception des malheureux barbares dont il m'avait parl?. ?tait-il donc possible qu'il ne f?t jamais venu ? la surface de la terre, ou ne parlait-il que de races enfouies dans les entrailles du globe?
Mon h?te garda quelque temps le silence; sa physionomie montrait un degr? de surprise que les gens de cette race manifestent rarement dans les circonstances m?me les plus extraordinaires. Mais Zee montra plus de sagacit?.
--Tu vois bien, mon p?re,--s'?cria-t-elle,--qu'il y a de la v?rit? dans les vieilles traditions; il y a toujours de la v?rit? dans toutes les traditions qui ont cours en tout temps et chez toutes les tribus.
--Zee,--dit mon h?te avec douceur,--tu appartiens au Coll?ge des Sages et tu dois ?tre plus savante que je ne le suis; mais comme Directeur du Conseil de la Conservation des Lumi?res, il est de mon devoir de ne rien croire que sur le t?moignage de mes propres sens.
Alors, se tournant vers moi, il m'adressa plusieurs questions sur la surface de la terre et sur les corps c?lestes; quelque soin que je prisse de lui r?pondre de mon mieux, je ne parus ni le satisfaire ni le convaincre. Il secoua tranquillement la t?te et, changeant un peu brusquement de sujet, il me demanda comment, de ce qu'il se plaisait ? appeler un monde, j'?tais descendu dans un autre monde. Je r?pondis que sous la surface de la terre il y avait des mines contenant des min?raux ou m?taux n?cessaires ? nos besoins et ? nos progr?s dans les arts et l'industrie; je lui expliquai alors bri?vement comment, en explorant une de ces mines, mon malheureux ami et moi avions aper?u de loin les r?gions dans lesquelles nous ?tions descendus et comment notre tentative lui avait co?t? la vie. Je donnai comme t?moins de ma v?racit? la corde et les grappins que l'enfant avait rapport?s dans l'?difice o? j'avais d'abord ?t? re?u.
Mon h?te se mit alors ? me questionner sur les habitudes et les moeurs des races de la surface de la terre, surtout de celles que je regardais comme les plus avanc?es dans cette civilisation qu'il d?finissait volontiers: <
Quand j'eus fini, mon h?te secoua doucement la t?te et tomba dans une r?verie profonde, en faisant signe ? sa fille et ? moi de rester silencieux pendant qu'il r?fl?chissait. Au bout d'un certain temps, il dit d'un ton s?rieux et solennel:
--Si vous pensez, comme vous le dites, que, quoique ?tranger, vous avez ?t? bien trait? par moi et les miens, je vous adjure de ne rien r?v?ler de votre monde ? aucun de mes concitoyens, ? moins que, apr?s r?flexion, je ne vous permette de le faire. Consentez-vous ? cette demande?
--Je vous donne ma parole de me conformer ? vos d?sirs,--dis-je un peu surpris.
Et j'?tendis ma main droite pour saisir la sienne. Mais il pla?a doucement ma main sur son front et sa main droite sur ma poitrine, ce qui est, pour cette race, une mani?re de s'engager pour toute esp?ce de promesse ou d'obligation verbale. Puis, se tournant vers sa fille, il dit:--
--Et toi, Zee, tu ne r?p?teras ? personne ce que l'?tranger a dit, ou pourra dire, soit ? toi, soit ? moi, d'un monde autre que celui o? nous vivons.
Zee se leva et baisa son p?re sur les tempes, en disant avec un sourire:--
--Qu'est-ce que le vril?--demandai-je.
L?-dessus Zee commen?a une explication dont je compris fort peu de chose, car il n'y a dans aucune langue que je connaisse aucun mot qui soit synonyme de vril. Je l'appellerais ?lectricit?, si ce n'est qu'il embrasse dans ses branches nombreuses d'autres forces de la nature, auxquelles, dans nos nomenclatures scientifiques, on assigne diff?rents noms, tels que magn?tisme, galvanisme, etc. Ces peuples croient avoir trouv? dans le vril l'unit? des agents naturels, unit? que beaucoup de philosophes terrestres ont soup?onn?e et dont Faraday parle sous le nom plus r?serv? de corr?lation.
<
Les philosophes souterrains affirment que par l'effet du vril, que Faraday appellerait peut-?tre le magn?tisme atmosph?rique, ils ont une influence sur les variations de la temp?rature, ou, en langage vulgaire, sur le temps; que par d'autres effets, voisins de ceux qu'on attribue au mesm?risme, ? l'?lectro-biologie, ? la force odique, etc., mais appliqu?s scientifiquement par des conducteurs de vril, ils peuvent exercer sur les esprits et les corps animaux ou v?g?taux un pouvoir qui d?passe tous les contes fantastiques de nos r?veurs. Ils donnent ? tous ces effets le nom commun de vril. Zee me demanda si, dans mon monde, on ne savait pas que toutes les facult?s de l'esprit peuvent ?tre surexcit?es ? un point dont on n'a pas l'id?e pendant la veille, au moyen de l'extase ou vision, pendant laquelle les pens?es d'un cerveau peuvent ?tre transmises ? un autre et les connaissances s'?changer ainsi rapidement. Je r?pondis qu'on racontait parmi nous des histoires relatives ? ces extases ou visions, que j'en avais beaucoup entendu parler et que j'avais vu quelque chose de la fa?on dont on les produisait artificiellement, par exemple, dans la clairvoyance magn?tique; mais que ces exp?riences ?taient tomb?es dans l'oubli ou dans le m?pris, en partie ? cause des impostures grossi?res auxquelles elles donnaient lieu, en partie, parce que, m?me quand les effets sur certaines constitutions anormales se produisaient sans charlatanisme, cependant lorsqu'on les examinait de pr?s et qu'on les analysait, les r?sultats en ?taient peu satisfaisants; qu'on ne pouvait s'y appuyer pour ?tablir un syst?me de connaissances vraies, ou s'en servir dans un but pratique; de plus, que ces exp?riences ?taient dangereuses pour les personnes cr?dules par les superstitions qu'elles tendaient ? faire na?tre. Zee ?couta ma r?ponse avec une attention pleine de bont? et me dit que des exemples semblables de tromperie et de cr?dulit? avaient ?t? fr?quents dans leurs exp?riences scientifiques, quand la science ?tait encore dans l'enfance, alors qu'on redoutait les propri?t?s du vril, mais qu'elle r?servait une discussion plus approfondie de ce sujet pour le moment o? je serais plus en ?tat d'y prendre part. Elle se contenta d'ajouter que c'?tait par le moyen du vril, tandis que j'avais ?t? mis en extase, qu'on m'avait enseign? les rudiments de leur langue; et que son p?re et elle, qui, seuls de la famille, s'?taient donn? la peine de surveiller l'exp?rience, avaient acquis ainsi une connaissance plus grande de ma langue, que moi de la leur; d'abord parce que ma langue ?tait beaucoup plus simple que la leur et comprenait bien moins d'id?es complexes; et ensuite parce que leur organisation ?tait, gr?ce ? une culture h?r?ditaire, beaucoup plus souple que la mienne et plus capable d'acqu?rir promptement des connaissances. Dans mon for int?rieur, je doutai de cette derni?re assertion; car ayant eu au cours d'une vie tr?s active l'occasion d'aiguiser mon esprit, soit chez moi, soit dans mes voyages, je ne pouvais admettre que mon syst?me c?r?bral f?t plus lent que celui de gens qui avaient pass? toute leur vie ? la clart? des lampes. Pendant que je faisais cette r?flexion, Zee dirigea tranquillement son index vers mon front et m'endormit.
En m'?veillant, je vis ? c?t? de mon lit l'enfant qui avait apport? la corde et les grappins dans l'?difice o? l'on m'avait fait entrer d'abord, et qui, comme je l'appris plus tard, ?tait la r?sidence du magistrat principal de la tribu. L'enfant, dont le nom ?tait Ta?, prononcez Tar-ee, ?tait le fils a?n? du magistrat. Je m'aper?us que pendant mon dernier sommeil, ou plut?t ma derni?re extase, j'avais fait plus de progr?s dans la langue du pays et que je pouvais causer avec une facilit? relative.
Cet enfant ?tait singuli?rement beau, m?me pour la belle race ? laquelle il appartenait; il avait l'air tr?s viril pour son ?ge, et l'expression de sa physionomie ?tait plus vive et plus ?nergique que celle que j'avais remarqu?e sur les figures sereines et calmes des hommes. Il m'apportait les tablettes sur lesquelles j'avais dessin? ma descente et o? j'avais aussi esquiss? la t?te du monstre qui m'avait fait quitter le cadavre de mon ami. En me montrant cette portion du dessin, Ta? m'adressa quelques questions sur la taille et la forme du monstre, et sur la caverne ou gouffre dont il ?tait sorti. L'int?r?t qu'il prenait ? mes r?ponses semblait assez s?rieux pour le d?tourner quelque temps de toute curiosit? sur ma personne et mes ant?c?dents. Mais ? mon grand embarras, car je me souvenais de la parole donn?e ? mon h?te, il me demanda d'o? je venais. ? cet instant m?me, Zee entra heureusement et entendit sa question.
--Ta?,--lui dit-elle,--donne ? notre h?te tous les renseignements qu'il te demandera, mais ne lui en demande aucun en retour. Lui demander qui il est, d'o? il vient, ou pourquoi il est ici, serait manquer ? la loi que mon p?re a ?tablie pour cette maison.
--C'est bien,--dit Ta?, posant sa main sur son coeur.
? partir de ce moment, cet enfant, avec lequel je me liai tr?s intimement, ne m'adressa jamais une seule des questions ainsi interdites.
Plus tard seulement, apr?s des extases r?p?t?es, mon esprit devint plus capable d'?changer des id?es avec mes h?tes et de comprendre plus compl?tement des diff?rences de moeurs ou de coutumes qui m'avaient d'abord trop ?tonn? pour que ma raison p?t les saisir; alors seulement je pus recueillir les d?tails suivants sur l'origine et l'histoire de cette population souterraine, qui forme une partie d'une grande famille de nations appel?e les Ana.
Suivant les traditions les plus anciennes, les anc?tres de cette race avaient habit? un monde situ? au-dessus de celui qu'habitaient leurs descendants. Ceux-ci conservaient encore dans leurs archives des l?gendes relatives ? ce monde sup?rieur et o? l'on parlait d'une vo?te o? les lampes n'?taient allum?es par aucune main humaine. Mais ces l?gendes ?taient regard?es par la plupart des commentateurs comme des fables all?goriques. Suivant ces traditions, la terre elle-m?me, ? la date o? elles remontaient, n'?tait pas dans son enfance mais dans les douleurs et le travail d'une p?riode de transition et sujette ? de violentes r?volutions de la nature. Par une de ces r?volutions, la portion du monde sup?rieur habit?e par les anc?tres de cette race avait ?t? soumise ? de grandes inondations, non pas subites, mais graduelles et irr?sistibles; quelques individus seulement ?chapp?rent ? la destruction. Est-ce l? un soutenir de notre D?luge historique et sacr? ou d'aucun autre des cataclysmes ant?rieurs au D?luge et sur lesquels les g?ologues discutent de nos jours? Je ne sais, mais si l'on rapproche la chronologie de ce peuple de celle de Newton, on voit que la catastrophe dont il parle aurait d? arriver plusieurs milliers d'ann?es avant No?. D'autre part, l'opinion de ces ?crivains souterrains ne s'accorde pas avec celle qui est la plus r?pandue parmi les g?ologues s?rieux, en ce qu'elle suppose l'existence d'une race humaine sur la terre ? une date bien ant?rieure ? l'?poque o? les g?ologues placent la formation des mammif?res. Quelques membres de la race infortun?e, ainsi envahie par le D?luge, avaient, pendant la marche progressive des eaux, cherch? un refuge dans des cavernes situ?es sur les plus hautes montagnes et, en errant dans ces profondeurs, ils perdirent pour toujours le ciel de vue. Toute la face de la terre avait ?t? chang?e par cette grande r?volution; la terre ?tait devenue mer et la mer ?tait devenue terre. On m'apprit comme un fait incontestable que, m?me maintenant, dans les entrailles de la terre on pouvait trouver des restes d'habitations humaines; non pas des huttes ou des antres, mais de vastes cit?s dont les ruines attestent la civilisation des races qui florissaient avant le temps de No?; ces races ne doivent donc pas ?tre mises au rang de celles que l'histoire naturelle caract?rise par l'usage du silex et l'ignorance du fer.
Les fugitifs avaient emport? avec eux la connaissance des arts qu'ils exer?aient sur la terre, la tradition de leur culture et de leur civilisation. Leur premier besoin dut ?tre de remplacer la lumi?re qu'ils avaient perdue; et ? aucune ?poque, m?me dans la p?riode pr?historique, les races souterraines, dont faisait partie la tribu o? je vivais, ne paraissent avoir ?t? ?trang?res ? l'art de se procurer de la lumi?re au moyen des gaz, du mangan?se, ou du p?trole. Ils s'?taient habitu?s dans le monde sup?rieur ? lutter contre les forces de la nature, et la longue bataille qu'ils avaient soutenue contre leur vainqueur, l'Oc?an, dont l'invasion avait mis des si?cles ? s'accomplir, les avait rendus habiles ? dompter les eaux par des digues et des canaux. C'est ? cette habilet? qu'ils durent leur salut dans leur nouveau s?jour.
--Pendant plusieurs g?n?rations,--me dit mon h?te avec une sorte de m?pris et d'horreur,--nos anc?tres d?grad?rent leur nature et abr?g?rent leur vie en mangeant la chair des animaux, dont plusieurs esp?ces avaient, ? leur exemple, ?chapp? au D?luge, en cherchant un refuge dans les profondeurs de la terre; d'autres animaux, qu'on suppose inconnus au monde sup?rieur, ?taient une production de ces r?gions souterraines.
? l'?poque o? ce que nous appellerons l'?ge historique se d?gageait du cr?puscule de la tradition, les Ana ?taient d?j? ?tablis en diff?rents ?tats et avaient atteint un degr? de civilisation analogue ? celui dont jouissent en ce moment sur la terre les peuples les plus avanc?s. Ils connaissaient presque toutes nos inventions modernes, y compris l'emploi de la vapeur et du gaz. Les diff?rents peuples ?taient s?par?s par des rivalit?s violentes. Ils avaient des riches et des pauvres; ils avaient des orateurs et des conqu?rants; ils se faisaient la guerre pour une province ou pour une id?e. Quoique les divers ?tats reconnussent diverses formes de gouvernement, les institutions libres commen?aient ? avoir la pr?pond?rance; les assembl?es populaires avaient plus de puissance; la r?publique exista bient?t partout; la d?mocratie, que les politiques europ?ens les plus ?clair?s regardent devant eux comme le terme extr?me du progr?s politique et qui domine encore parmi les autres tribus du monde souterrain, consid?r?es comme barbares, n'a laiss? aux Ana sup?rieurs, comme ceux chez lesquels je me trouvais, que le souvenir d'un des t?tonnements les plus grossiers et les plus ignorants de l'enfance de la politique. C'?tait l'?ge de l'envie et de la haine, des perp?tuelles r?volutions sociales plus ou moins violentes, des luttes entre les classes, et des guerres d'?tat ? ?tat. Cette phase dura cependant quelques si?cles, et fut termin?e, au moins chez les populations les plus nobles et les plus intelligentes, par la d?couverte graduelle des pouvoirs latents enferm?s dans ce fluide qui p?n?tre partout et qu'ils d?signaient sous le nom de vril.
D'apr?s ce que me dit Zee qui, en qualit? de savant professeur du Coll?ge des Sages, avait ?tudi? ces mati?res avec plus de soin qu'aucun autre membre de la famille de mon h?te, on peut produire et discipliner ce fluide de fa?on ? s'en servir comme d'un agent tout-puissant sur toutes les formes de la mati?re anim?e et inanim?e. Il d?truit comme la foudre; appliqu? d'autre fa?on, il donne ? la vie plus de pl?nitude et de vigueur; il gu?rit et pr?serve; c'est surtout de ce fluide que l'on se sert pour gu?rir les maladies, ou plut?t pour aider l'organisation physique ? recouvrer l'?quilibre des forces naturelles, et par cons?quent ? se gu?rir elle-m?me. Par ce fluide on se fraye des chemins en fendant les substances les plus dures, on ouvre des vall?es ? la culture au milieu des rocs de ces d?serts souterrains. C'est de ce fluide que ces peuples extraient la lumi?re de leurs lampes; ils la trouvent plus r?guli?re, plus douce et plus saine que la lumi?re produite par les autres mati?res inflammables dont ils se servaient jusque-l?.
Add to tbrJar First Page Next Page Prev Page